La détention d’un enseignant contractuel à la Brigade de recherches de la gendarmerie de Labé suscite des inquiétudes au sein de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH). Dans une déclaration rendue publique ce mardi 3 novembre 2026, sa section régionale de Labé dénonce une situation préoccupante, survenue après la diffusion de deux interviews dans lesquelles l’enseignant avait alerté l’opinion sur les conditions difficiles d’apprentissage de 40 élèves dans le district de Donta, relevant de la commune rurale de Diari.
Selon la déclaration de l’organisation, l’enseignant avait accordé une première interview au média Nylainfo.com à l’occasion de la clôture de la précédente année scolaire. Il avait alors dénoncé la situation de 40 élèves répartis en trois groupes pédagogiques dans une seule salle de classe, sans disposer de tenues scolaires ni de fournitures adéquates.
Cette sortie médiatique avait suscité un élan de solidarité auprès d’un opérateur économique établi à Dalaba, qui avait mobilisé des ressources pour offrir des tenues et des fournitures scolaires aux enfants concernés. Une cérémonie de remise de ces dons aurait ensuite été organisée à la rentrée scolaire.
À cette occasion, l’enseignant aurait exprimé sa reconnaissance au donateur, tout en plaidant pour le recrutement d’un autre enseignant disposant d’une formation pédagogique appropriée, afin d’améliorer les conditions d’encadrement des élèves.
Pour l’OGDH, cette démarche aurait dû favoriser un dialogue constructif autour des difficultés rencontrées dans le système éducatif local. L’organisation regrette plutôt une situation ayant conduit à l’interpellation et à la détention de l’enseignant.
La déclaration fait également état de pressions présumées qui auraient été exercées sur l’intéressé pour qu’il réalise une nouvelle vidéo dans le but de revenir sur ses précédentes déclarations. Si ces informations sont confirmées, l’OGDH estime qu’elles soulèveraient de sérieuses préoccupations quant au respect de la liberté d’expression et des droits fondamentaux de l’enseignant.
Dans son communiqué, l’organisation rappelle que la liberté d’expression est un droit fondamental et que les enseignants doivent pouvoir signaler les difficultés qui affectent les conditions d’apprentissage des enfants. Elle insiste également sur le respect de la dignité des personnes interpellées, de leurs droits à la défense et du principe de la présomption d’innocence.
Face à cette situation, la section régionale de l’OGDH demande aux autorités compétentes de clarifier, sans délai, les motifs et les fondements juridiques de l’interpellation et de la détention de l’enseignant.
Elle invite également les services de gendarmerie à garantir ses droits fondamentaux et à s’abstenir de toute pression ou contrainte visant à lui imposer une rétractation. L’organisation souhaite par ailleurs qu’il puisse bénéficier de l’assistance d’un avocat et que toute procédure engagée à son encontre respecte les garanties d’un procès équitable.
L’OGDH interpelle aussi les autorités éducatives et administratives de Diari et de Labé afin qu’elles privilégient le dialogue et examinent sérieusement les difficultés signalées dans le district de Donta, particulièrement dans l’intérêt des 40 élèves concernés.
Dans sa déclaration, l’organisation réaffirme sa disponibilité à accompagner l’enseignant et annonce qu’elle restera attentive à l’évolution de cette affaire. Pour elle, les alertes sur les difficultés rencontrées dans les établissements scolaires devraient avant tout conduire à des mesures correctives, plutôt qu’à des situations susceptibles de porter atteinte aux libertés fondamentales.
Laurent Sadou Taran




