Au terme de cinq jours de travaux,  l’Institut national de formation et de prévention intégrées contre la drogue et autres conduites addictives (IIFPIDCA) et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) ont présenté les résultats préliminaires du diagnostic des capacités nationales de prévention et de lutte contre la drogue en République de Guinée. Cette restitution met en lumière les défis liés à la coordination institutionnelle, à la prévention auprès des jeunes et à la prise en charge des personnes affectées par l’usage de drogues.

À la clôture de cette mission d’assistance technique, le directeur général de l’IIFPIDCA, Dr Thierno Bah, a salué l’engagement des experts et la participation des institutions nationales mobilisées durant les consultations.

« Votre disponibilité et la qualité des échanges ont contribué au bon déroulement de cette mission », a-t-il déclaré, réaffirmant l’importance de cette démarche pour renforcer les capacités nationales.

Pour le directeur général, la prévention et la lutte contre la drogue constituent un enjeu majeur de santé publique et de développement, notamment en raison de leurs conséquences sur la jeunesse. Il a également établi un lien avec le programme Simandou 2040, qui place le développement du capital humain au cœur des ambitions de transformation du pays.

« La prévention des conduites addictives et la prise en charge des personnes concernées participent à cet objectif en contribuant à préserver le potentiel humain de la Guinée », a-t-il affirmé.

Une problématique qui dépasse la sécurité

Présentant les constats issus des consultations, Crispin Sangara Bahizir, représentant du programme de l’ONUDC en Guinée, a rappelé que la problématique des drogues ne relève pas uniquement des services de sécurité.

« La problématique de la drogue ne se limite pas à l’enjeu sécuritaire. Elle va au-delà de la question de la sécurité », a-t-il souligné.

Les échanges ont ainsi impliqué plusieurs secteurs, notamment la santé, la justice, l’éducation, les forces de sécurité et la société civile. Ils ont porté sur la prévention de la consommation, l’accès aux soins, la santé mentale, la réhabilitation et la réinsertion des personnes concernées.

Parmi les facteurs susceptibles de favoriser la consommation chez les jeunes, les acteurs consultés ont cité les difficultés familiales, le chômage, la pauvreté, le manque de perspectives professionnelles et l’insuffisance de l’accompagnement social.

Les substances évoquées comprennent notamment le cannabis, le crack, la cocaïne, le haschich, le tramadol et les amphétamines. Les experts ont également attiré l’attention sur le « kush », dont la composition peut varier et nécessite une identification scientifique en laboratoire.

Le détournement de certains médicaments à des fins non médicales constitue également un sujet de préoccupation, renforçant la nécessité d’une surveillance accrue des produits pharmaceutiques.

Trente-quatre recommandations pour renforcer le dispositif national

À la suite de cette présentation, Adrien Leroy, expert du bureau régional de l’ONUDC à Dakar, a exposé 34 recommandations préliminaires regroupées en dix axes prioritaires pour améliorer la réponse nationale.

« Les institutions sont présentes, mais elles ne sont pas forcément coordonnées », a-t-il relevé, plaidant pour la réactivation d’un mécanisme permanent de coordination interministérielle et une clarification des responsabilités entre les structures concernées, notamment l’Office central antidrogue (OCAD), la gendarmerie, les services spéciaux et les douanes.

Les recommandations portent également sur l’amélioration de la collecte et du partage des données nationales, le renforcement des contrôles aux frontières, le développement des capacités d’analyse des substances saisies et la consolidation des enquêtes spécialisées et de la réponse judiciaire.

Les experts préconisent par ailleurs la mise en place d’un mécanisme d’alerte précoce associant les services de santé, les pharmacies, les laboratoires et les forces de sécurité afin de détecter les nouvelles substances psychoactives et les intoxications inhabituelles.

La prévention fondée sur des données probantes, la prise en charge sanitaire et psychosociale, la formation des acteurs nationaux ainsi que la coopération régionale et internationale figurent aussi parmi les priorités.

Un diagnostic préliminaire, des défis à relever

Les experts ont toutefois souligné les limites de leur mission. Bien que les consultations se soient déroulées sur cinq jours, les travaux de terrain ont été concentrés à Conakry. Les consommateurs de drogues n’ont pas été directement rencontrés et les informations recueillies reposent principalement sur les déclarations des acteurs consultés. Le diagnostic ne constitue donc pas une étude scientifique exhaustive de la situation nationale.

Pour l’IIFPIDCA et l’ONUDC, cette restitution représente néanmoins une étape importante dans l’identification des lacunes et des besoins prioritaires de la Guinée.

L’enjeu est désormais de transformer les constats en actions concrètes, à travers une meilleure coordination des institutions, la mobilisation de ressources humaines et financières, le renforcement de la prévention et l’amélioration de l’accès aux soins.

Dans un contexte où la protection de la jeunesse et le développement du capital humain constituent des priorités nationales, la lutte contre la drogue apparaît ainsi comme un défi qui exige une réponse concertée, durable et adaptée aux réalités guinéennes.

Traoré Mariame