L’Assemblée nationale guinéenne recommande un contrôle rigoureux des travaux, une meilleure transparence financière et des garanties pour la durabilité de la future route Labé-Tougué, incluant la bretelle Banti-Koubia. Le projet, dont le financement s’élève à 300 millions d’euros, est assorti de vingt recommandations destinées à protéger les intérêts de l’État.

La construction et le bitumage de la route nationale Labé-Tougué, avec la bretelle Banti-Koubia, franchissent une étape institutionnelle importante. Dans un rapport présenté en octobre 2026, la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération de l’Assemblée nationale recommande à la plénière d’autoriser la ratification de la convention de financement de ce projet routier.

Mais derrière cette ambition d’amélioration des infrastructures, les parlementaires mettent en avant plusieurs exigences : maîtrise des coûts, contrôle de la qualité des travaux, transparence dans la gestion des fonds et protection des populations affectées.

Un projet de plus de 160 kilomètres

Inscrit dans la dynamique du programme Simandou 2040, notamment son troisième pilier consacré aux infrastructures, aux transports et à la technologie, le projet porte sur la construction et le bitumage de 160,303 kilomètres de routes, dont 148,860 kilomètres pour l’axe Labé-Tougué et 11,443 kilomètres pour la bretelle Banti-Koubia.

Il prévoit également la construction d’un pont de 200 mètres linéaires sur le fleuve Bafing. Les travaux, confiés à la Compagnie sahélienne d’entreprise (CSE) dans le cadre d’un contrat EPCF, combinant ingénierie, réalisation et mobilisation du financement, doivent s’exécuter sur une période de 36 mois.

L’infrastructure vise à améliorer la liaison entre la Moyenne-Guinée et la Haute-Guinée, en desservant notamment les préfectures de Labé, Tougué, Koubia, Dinguiraye et Siguiri. Elle devrait faciliter les déplacements, réduire les coûts de transport, favoriser l’écoulement des produits agricoles et pastoraux et améliorer l’accès aux services sociaux de base.

Un financement de 300 millions d’euros

Le montant total de la facilité de financement s’élève à 300 millions d’euros, frais de transaction compris. Le coût prévisionnel du projet est, quant à lui, estimé à environ 289,55 millions d’euros.

Le montage financier associe plusieurs établissements bancaires, dont Bank of Africa United Kingdom, AL AHLI Bank of Kuwait, Africa Finance Corporation, First Abu Dhabi Bank, Bank of Africa – Banque Offshore et ABC Islamic Bank.

Les conditions financières prévoient notamment une marge de 4,15 % par an au-dessus de l’Euribor à six mois, selon les modalités applicables aux différentes facilités, une commission d’arrangement de 1,35 % et une maturité de sept ans à compter de la première utilisation. Le remboursement bénéficie d’un différé de 24 mois, suivi de onze échéances semestrielles.

Ce montage a suscité des interrogations au sein des commissions parlementaires, notamment sur le coût du financement, les commissions, les risques de change et la justification des différentes composantes budgétaires.

Les parlementaires alertent sur les coûts et le contrôle des travaux

Au cours des séances d’examen des 13 et 15 octobre 2026, les députés ont soulevé plusieurs préoccupations relatives à la structuration financière, aux caractéristiques techniques de la chaussée et aux garanties de bonne exécution.

L’une des principales réserves concerne la provision de 23,917 millions d’euros destinée à couvrir les aléas et la révision des prix, soit environ 8,25 % du coût du projet. Pour les prochaines conventions de financement, l’Assemblée nationale recommande de privilégier, à titre de référence, un taux de provision de l’ordre de 5 %, sauf justification technique et financière permettant de retenir un taux supérieur.

Les parlementaires insistent également sur la nécessité de mettre en place une mercuriale nationale des prix et un référentiel des coûts des travaux publics. L’objectif est de permettre aux organes de contrôle de mieux apprécier les montants engagés et de renforcer la transparence dans l’utilisation des ressources publiques.

Autre exigence : le recrutement rapide d’un bureau de contrôle et de supervision qualifié, chargé de vérifier la qualité des matériaux, la conformité des différentes couches de chaussée, le respect des délais et la qualité des ouvrages réalisés.

L’Assemblée recommande par ailleurs de renforcer les capacités nationales de contrôle, notamment à travers la construction et l’équipement d’un laboratoire national répondant aux normes techniques requises.

Indemnisations, environnement et contenu local au cœur des exigences

Au-delà des aspects financiers et techniques, le rapport accorde une place importante aux conséquences sociales et environnementales du projet.

Les députés demandent l’identification exhaustive des personnes affectées par les travaux et une évaluation juste et transparente de leurs biens. Ils préconisent également l’élaboration d’un référentiel national d’indemnisation applicable aux projets d’infrastructures.

Le respect des normes environnementales et sociales figure parmi les autres priorités, tout comme la mise en place d’un mécanisme accessible de réception et de traitement des plaintes des populations riveraines, des travailleurs et des autres parties prenantes.

Sur le plan économique, l’Assemblée nationale appelle au respect du contenu local, notamment par le recrutement de la main-d’œuvre nationale, la participation des entreprises guinéennes et le transfert de compétences. Elle invite également le Gouvernement à rendre opérationnelle l’Autorité de régulation du contenu local.

Une obligation de redevabilité pendant l’exécution

Pour éviter que les retards et les insuffisances de suivi ne compromettent les résultats attendus, les parlementaires recommandent la transmission semestrielle de rapports détaillés sur l’avancement physique et financier du projet.

Ces documents devront notamment préciser les décaissements effectués, le niveau d’exécution des travaux, le respect du calendrier contractuel, les difficultés rencontrées et les mesures correctives engagées.

Le rapport insiste également sur la prévention des risques de corruption, de fraude et de conflits d’intérêts. Il préconise la publication régulière des principales informations relatives aux marchés conclus, aux entreprises attributaires, aux montants engagés, aux paiements effectués et aux éventuels avenants, dans le respect des dispositions légales applicables.

La maintenance future de la route constitue un autre enjeu. L’Assemblée demande l’élaboration d’un calendrier d’entretien assorti d’une estimation des besoins financiers et de l’identification des structures responsables. Elle recommande également l’installation de dispositifs de pesage pour prévenir les surcharges des véhicules, susceptibles d’accélérer la dégradation de la chaussée.

Enfin, les parlementaires appellent à une répartition plus équitable des ressources du Fonds d’entretien routier entre Conakry et les infrastructures situées à l’intérieur du pays.

La ratification recommandée, sous le signe de la vigilance

Au terme de son examen, la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération recommande à la plénière de l’Assemblée nationale d’autoriser la ratification de la convention de financement conclue entre la République de Guinée et les établissements financiers concernés.

Cette recommandation s’accompagne toutefois de vingt mesures destinées à renforcer la gouvernance du projet, la maîtrise des dépenses, la qualité des travaux et la protection des intérêts publics.

Pour les populations des préfectures concernées, la réalisation de cette route représente un espoir de désenclavement et de développement économique. Le défi pour les autorités sera désormais de traduire cette ambition en résultats concrets, dans les délais annoncés et avec des infrastructures capables de résister durablement à l’épreuve du temps.

AAS