À l’occasion de la séance plénière consacrée à la présentation du projet de loi de finances rectificative (LFR) pour l’exercice 2026, le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a réaffirmé la volonté du gouvernement de préserver les équilibres macroéconomiques tout en accélérant la transformation structurelle de la Guinée. Au cœur de son intervention : le programme Simandou 2040, la mobilisation des financements internationaux et l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique.

Devant les députés, le ministre a présenté le budget comme un instrument stratégique de développement, au-delà d’un simple document comptable. Selon lui, les choix budgétaires doivent traduire les priorités nationales et produire des résultats concrets au bénéfice des populations.

Ismaël Nabé a, dans ce cadre, salué la vision du président de la République, Mamadi Doumbouya, ainsi que la coordination de l’action gouvernementale assurée par le Premier ministre. Il a également rendu hommage au président de l’Assemblée nationale, Dr Dansa Kourouma, et aux députés pour leur rôle dans l’examen des orientations économiques et budgétaires du pays.

Simandou 2040, au cœur de la stratégie de développement

Le ministre a souligné que le programme Simandou 2040 constitue désormais le principal cadre de référence de la transformation économique et sociale de la Guinée. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la cohérence entre la planification nationale, la programmation budgétaire, les investissements publics et l’exécution des politiques sectorielles.

Pour 2026, les projections présentées par le ministre tablent sur une croissance économique de 8,6 % et un taux d’inflation de 5,2 %. Toutefois, il a reconnu que les tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient, accentuent les incertitudes économiques, avec des risques liés à la hausse des prix de certaines matières premières, au renchérissement des financements et aux perturbations des échanges commerciaux.

Face à ces défis, Ismaël Nabé a appelé à concilier discipline budgétaire et ambition de développement. Pour lui, la croissance économique doit se traduire par des emplois, une amélioration des revenus, des infrastructures adaptées, des services sociaux de qualité et de nouvelles opportunités économiques sur l’ensemble du territoire.

Le programme Simandou 2040, qui comprend 122 mégaprojets et nécessite la mobilisation de plus de 100 milliards de dollars, représente, selon le ministre, un levier majeur pour concrétiser cette ambition. Il a souligné que la réussite de sa première phase sera déterminante pour renforcer la confiance des partenaires techniques et financiers.

Des financements internationaux annoncés pour soutenir les investissements

Dans son intervention, le ministre a également mis en avant plusieurs avancées en matière de coopération internationale et de mobilisation des ressources. Il a notamment évoqué l’évolution de la notation souveraine de la Guinée par S&P Global, passée d’une perspective stable à une perspective positive en mars 2026, après une notation de B+ obtenue en septembre 2025.

Il a par ailleurs indiqué que le classement du risque pays de la Guinée avait été relevé de la catégorie 7 à la catégorie 6, le 16 octobre 2026. Cette évolution constitue, selon lui, un signal encourageant pour la crédibilité financière du pays et son dialogue avec les investisseurs.

Parmi les financements et engagements évoqués figurent notamment :

* 100 millions de yens de la Chine sous forme d’appui non remboursable pour des projets à fort impact ;
* 8 millions de dollars destinés à la réalisation de 400 forages d’eau potable ;
* 170 millions de dollars de la BADEA, annoncés pour le développement et la construction de l’Université de Kankan ;
* 50 millions de dollars du Fonds saoudien pour le développement, au titre des perspectives de financement pour la période 2026-2028 ;
* 310 millions de dollars de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO, destinés à six projets prioritaires ;
* 200 millions de dollars de financement envisagé auprès du Groupe de la Banque islamique de développement pour le projet d’autoroute évoqué par le ministre, sous réserve notamment de la finalisation des études de faisabilité.

Ismaël Nabé a également mentionné les perspectives de coopération avec la France, le Japon, le Vietnam, l’Azerbaïdjan, l’Australie et la Pologne, ainsi que le partenariat engagé avec le Royaume-Uni.

À ce sujet, il a rappelé qu’à l’issue de la cinquième édition du Forum sur le commerce et l’investissement entre le Royaume-Uni et l’Afrique de l’Ouest et du Centre francophone (WCAF V), l’ambition britannique en matière d’investissement en Guinée avait été relevée de 1,8 milliard à 2,7 milliards de livres sterling.

Le ministre a notamment évoqué les perspectives de financement de la cité administrative par UK Export Finance, présentées comme une illustration de la coopération économique entre Conakry et Londres.

« Notre responsabilité consiste désormais à franchir les prochaines étapes, transformer les intentions en accords opérationnels, les accords en projets bancables, les financements en investissements réalisés et les investissements en résultats tangibles », a-t-il déclaré en substance.

La planification et les données au service des politiques publiques

Au-delà des financements, le ministre a insisté sur l’importance des données statistiques dans la planification du développement. Il a notamment cité le quatrième Recensement général de la population et de l’habitation, la sixième Enquête démographique et de santé, ainsi que le lancement de la deuxième enquête harmonisée sur les conditions de vie des ménages.

Il a également évoqué la collecte des données du premier Recensement général des entreprises en République de Guinée, une opération destinée à mieux connaître le tissu économique national, à identifier les secteurs à fort potentiel et à orienter les investissements.

Pour Ismaël Nabé, ces outils doivent permettre à l’État de mieux mesurer les besoins des populations, d’évaluer les résultats des politiques publiques et d’améliorer l’efficacité des dépenses.

Dans cette même dynamique, il a mis en avant les schémas régionaux d’aménagement et de développement ainsi que le programme conjoint de développement local, le PRODECOM, destiné à rapprocher les priorités nationales des réalités territoriales, en collaboration avec les collectivités locales et les partenaires du système des Nations unies.

Le ministre a également rappelé l’importance de la vulgarisation du programme Simandou 2040 auprès des administrations déconcentrées, des collectivités territoriales et des partenaires au développement.

Une exigence de résultats et de transparence

Dans un contexte international marqué par des incertitudes économiques, Ismaël Nabé a rappelé que les ressources publiques demeurent limitées et doivent être utilisées avec discernement. Il a ainsi plaidé pour la préservation de la soutenabilité des finances publiques, l’amélioration de la qualité des investissements et le renforcement du suivi des politiques publiques.

Il a souligné que chaque partenariat international devait contribuer davantage aux objectifs du programme Simandou 2040 et que les engagements financiers devaient se traduire par des projets effectivement réalisés.

Le ministre a également évoqué la place croissante de la Guinée dans les instances internationales, notamment son élection au Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) pour le mandat 2027-2029, qu’il considère comme une reconnaissance de l’engagement du pays sur la scène internationale.

En conclusion, Ismaël Nabé a appelé à une mobilisation collective des institutions publiques, du secteur privé, des collectivités territoriales, des partenaires techniques et financiers ainsi que des citoyens pour accompagner la transformation du pays.

Pour lui, la réussite de Simandou 2040 dépendra autant de la mobilisation des ressources que de la capacité de l’État à respecter ses engagements et à convertir les financements en progrès mesurables.

Cette intervention intervient alors que l’examen du projet de loi de finances rectificative pour 2026 constitue une étape importante dans l’ajustement des choix budgétaires de l’État. Elle met en lumière un enjeu central pour les autorités guinéennes : faire de la planification, de la discipline financière et de la coopération internationale des leviers concrets de développement économique et social.

Mariame Traoré