Libre opinion – À cinq jours de l’élection du Comité exécutif de la Fédération guinéenne de football (FGF), prévue le 27 octobre, une prise de position retient l’attention. Le directeur général d’Orange Guinée, Ousmane Boly Traoré, a publiquement exprimé son soutien à Mamady Doumbouya, candidat à la présidence de la FGF et tête de liste du Renouveau Foot 224 (RF224), lors d’une soirée organisée le 22 octobre à Conakry.
Rapportée par plusieurs médias guinéens, cette intervention prend une dimension particulière au regard des fonctions exercées par les deux hommes. Mamady Doumbouya dirige l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), tandis qu’Ousmane Boly Traoré dirige Orange Guinée, un opérateur soumis à la régulation de cette autorité. Par ailleurs, Orange est un partenaire officiel de la FGF pour les équipes nationales.
Le patron d’un opérateur de télécommunications affiche ainsi son soutien au responsable de l’autorité qui régule son secteur, alors que celui-ci brigue la direction de la Fédération avec laquelle l’entreprise entretient un partenariat commercial. Cette configuration pose une question de fond : où s’arrête la préférence personnelle et où commence le mélange des genres ?
Orange peut-il choisir son camp ?
En novembre 2023, Orange Guinée a signé avec la FGF un contrat de sponsoring de quatre ans portant sur les équipes nationales, pour un montant annoncé de 6,8 milliards de francs guinéens par an. L’entreprise occupe donc une place importante dans le financement du football guinéen.
Ce partenariat ne lui interdit pas, en soi, d’avoir des préférences. Mais à l’approche d’une élection fédérale, le comportement public de son premier responsable ne peut être dissocié de la fonction qu’il exerce. Lorsqu’il intervient dans un événement organisé par une liste candidate et exprime son soutien à son dirigeant, la question de la neutralité du sponsor se pose inévitablement. Aussi, c’est un gros risque pris par l’entreprise et les conséquences pourraient être fatales au cas où Doumbouya échouerait.
Ousmane Boly Traoré s’exprimait-il en son nom personnel ou au nom d’Orange Guinée ? L’entreprise a-t-elle autorisé cette prise de position ? Entend-elle maintenir une stricte neutralité entre les listes qui briguent la direction de la FGF ?
Aucune information publique citée ici ne permet d’affirmer qu’Orange a officiellement engagé l’entreprise derrière le RF224. Mais le titre de directeur général porté par l’intervenant, associé au statut de sponsor officiel de son entreprise, suffit à justifier une demande d’explication.
Le sponsoring donne à Orange une visibilité et une place dans le football national. Il ne devrait pas créer de confusion entre le soutien financier aux équipes nationales et le soutien à une candidature à la tête de la Fédération. Les autres listes peuvent légitimement s’interroger sur l’équilibre des relations entre la FGF et ses partenaires lorsqu’un dirigeant de l’un d’eux affiche publiquement une préférence.
Le patron d’Orange soutient le patron du régulateur
La situation prend une autre dimension parce que Mamady Doumbouya dirige l’ARPT, une autorité dont les décisions concernent directement les opérateurs de télécommunications, dont Orange Guinée.
Il ne s’agit pas d’insinuer qu’un avantage a été accordé, qu’un accord secret existe ou qu’une décision réglementaire a été influencée. Aucun élément rendu public ne permet de soutenir ces accusations. Le problème est celui de la distance nécessaire entre une entreprise régulée et le responsable de l’autorité chargée d’encadrer son activité.
L’ARPT intervient dans un secteur où les décisions relatives aux autorisations, aux fréquences et aux conditions d’exploitation peuvent avoir des conséquences économiques importantes. Son impartialité doit être préservée, mais aussi être perceptible par les opérateurs, leurs concurrents et les usagers.
Dans ces conditions, voir le directeur général d’Orange afficher son soutien au patron du régulateur ne peut être réduit à une simple marque d’estime entre deux responsables. Cette proximité publique soulève une question de gouvernance : comment garantir que les relations entre les opérateurs et l’autorité de régulation restent fondées sur les mêmes règles pour tous ?
L’enjeu n’est pas de contester le droit d’un dirigeant à exprimer une préférence. Il est de demander que cette préférence ne brouille pas la séparation entre ses intérêts professionnels, ses relations personnelles et les responsabilités institutionnelles de la personne qu’il soutient.
Si Mamady Doumbouya est élu, qui devra rendre compte de quoi ?
La candidature de Mamady Doumbouya ne concerne pas seulement l’avenir de la FGF. Son éventuelle élection poserait aussi la question des relations entre la Fédération, ses sponsors et l’autorité qu’il dirige actuellement.
La FGF doit pouvoir négocier ses contrats commerciaux sans que les fonctions exercées par ses dirigeants créent un doute sur l’impartialité des décisions. Orange doit pouvoir défendre ses intérêts d’entreprise dans un cadre transparent. Quant à l’ARPT, elle doit traiter les opérateurs selon les règles applicables, sans considération pour leurs relations avec les responsables du football.
Si Mamady Doumbouya accède à la présidence de la FGF, qui suivra les dossiers de la Fédération susceptibles de concerner Orange ou d’autres opérateurs soumis à l’ARPT ? Quelles mesures empêcheront qu’une même personne se retrouve au croisement d’intérêts sportifs, commerciaux et réglementaires ? Des déclarations d’intérêts, des procédures de déport ou des mécanismes de contrôle indépendants sont-ils prévus ?
Ces questions ne supposent pas qu’un conflit d’intérêts se produira. Elles portent sur les moyens de le prévenir et de rendre les décisions vérifiables. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur l’assurance que chacun agira de bonne foi.
La question du maintien de Mamady Doumbouya à la tête de l’ARPT en cas d’élection à la FGF mérite également une clarification juridique. La compatibilité de ces responsabilités doit être examinée au regard des textes applicables, sans annoncer une incompatibilité comme acquise tant que son fondement et sa portée n’ont pas été établis.
Une prise de position qui appelle des réponses
Le 22 octobre, le directeur général d’Orange Guinée a exprimé son soutien à la candidature de Mamady Doumbouya. Ce dernier dirige l’ARPT et sollicite la présidence de la FGF, dont Orange est un partenaire officiel pour les équipes nationales. Ce sont les faits au cœur du débat.
Ils ne prouvent ni favoritisme ni contrepartie. Ils soulèvent néanmoins trois questions précises : Orange a-t-elle pris position en tant qu’entreprise ou son directeur général s’exprimait-il à titre personnel ? Comment la neutralité du partenariat avec la FGF sera-t-elle préservée pendant le processus électoral ? Et quelles garanties encadreraient les relations entre Orange, l’ARPT et la Fédération si Mamady Doumbouya était élu ?
Orange Guinée devrait clarifier la portée de l’intervention de son directeur général. La FGF devrait préciser les règles qu’elle applique à ses partenaires pendant la campagne. Mamady Doumbouya, de son côté, devrait expliquer comment il entend prévenir les conflits d’intérêts liés à ses responsabilités actuelles et à celles qu’il brigue.
À quelques jours du scrutin, ces demandes ne relèvent ni d’une attaque contre une candidature ni d’un procès d’intention. Elles concernent la neutralité d’un sponsor officiel, l’indépendance du régulateur des télécommunications et l’obligation, pour des responsables occupant de telles fonctions, de rendre compte de leurs choix et de leurs actes.
Le football guinéen n’a pas besoin que les relations entre ses partenaires et les candidats à sa gouvernance deviennent une source de suspicion. Il a besoin de règles claires et de garanties publiques. Lorsqu’un sponsor affiche son soutien à un candidat qui dirige l’autorité régulant son secteur, la clarification ne devrait pas attendre que les doutes s’installent.
Alpha DIALLO [ 00224 662 83 83 10 ]




