La tisane traditionnelle ZEZEPAGNON, largement utilisée en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, fait désormais l’objet d’investigations scientifiques approfondies. Présentés lors du 47ᵉ Congrès annuel de la Société Ouest-Africaine de Pharmacologie (SOAP), tenu du 13 au 17 octobre 2026 à Abidjan, les premiers résultats font état d’une absence de toxicité aiguë observée dans les conditions de l’essai et d’une activité inhibitrice sur plusieurs lignées de cellules cancéreuses en laboratoire.

Composée de plusieurs plantes médicinales, la tisane ZEZEPAGNON est traditionnellement associée au traitement de diverses maladies, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies rénales et le cancer. Toutefois, sa popularité ne suffisait pas à établir scientifiquement son innocuité ni son efficacité thérapeutique.

C’est dans cette perspective qu’une équipe de recherche a entrepris d’évaluer ses caractéristiques et ses effets biologiques sous la conduite du Dr Richard Sawadogo, spécialiste en biochimie et en chimie des substances naturelles, chercheur à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) de Ouagadougou, au Burkina Faso, et chercheur associé au Tang Center for Herbal Medicine Research de l’Université de Chicago.

Des résultats encourageants en laboratoire

Les données présentées à Abidjan mettent en évidence plusieurs observations. Sur le plan de la qualité, les échantillons analysés répondraient aux spécifications évaluées selon les références des 8ᵉ et 11ᵉ éditions de la Pharmacopée européenne.

Les essais de toxicité aiguë, réalisés sur un modèle animal conformément au protocole indiqué, ont également révélé qu’aucun décès ni signe de toxicité n’avait été observé au cours des 14 jours suivant l’administration d’une dose unique de 2 000 mg/kg de poids corporel.

Les résultats les plus remarqués concernent cependant l’activité du produit sur les cellules cancéreuses. Les tests in vitro indiquent une diminution de la viabilité de plusieurs lignées tumorales en fonction de la concentration utilisée.

Pour le cancer du côlon, la concentration inhibitrice médiane (CI50) a été évaluée à 56,11 µg/mL. Elle atteint 70,10 µg/mL pour les cellules de cancer du sein. Dans le cas du cancer de la prostate, une concentration de 50 µg/mL aurait entraîné une réduction de plus de 50 % de la viabilité cellulaire.

Selon les données communiquées, aucun effet toxique n’a été constaté sur les cellules normales dans les conditions expérimentales rapportées, ce qui soulève la question d’une éventuelle sélectivité de l’activité biologique du produit.

La prudence scientifique reste de mise

Malgré ces observations, les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les investigations. Les résultats obtenus en laboratoire ne permettent pas, à ce stade, d’affirmer que le ZEZEPAGNON guérit le cancer ou qu’il constitue un traitement efficace chez l’être humain.

Les prochaines étapes devraient notamment porter sur l’évaluation de la toxicité à doses répétées pendant 28 jours ou plus, ainsi que sur l’identification des mécanismes moléculaires responsables des effets observés.

Des études complémentaires seront également nécessaires pour caractériser précisément les substances actives, établir les doses pertinentes et évaluer leur efficacité et leur sécurité dans des conditions cliniques appropriées.

Un enjeu majeur pour la pharmacopée africaine

La présentation de ces travaux au 47ᵉ Congrès de la SOAP constitue une étape dans la démarche de validation scientifique des produits issus de la médecine traditionnelle africaine. Elle met en lumière l’importance de rapprocher les savoirs traditionnels des méthodes modernes de recherche, de contrôle de qualité et d’évaluation de la sécurité.

Pour les acteurs engagés dans le projet ZEZEPAGNON, l’ambition est de valoriser les ressources naturelles africaines tout en soutenant une recherche rigoureuse, au service des populations.

Si les résultats préliminaires sont encourageants, la confirmation de leurs implications thérapeutiques nécessitera encore des travaux approfondis. En attendant, les spécialistes rappellent qu’une tisane traditionnelle ne doit pas être considérée comme un substitut aux traitements médicaux validés, notamment dans la prise en charge du cancer, du diabète, de l’hypertension ou de l’insuffisance rénale.

Rédaction