À la suite d’une vague de licenciements économiques survenue en 2025 au sein de la société Guinea Alumina Corporation (GAC), un différend financier oppose désormais le Collectif des Travailleurs Impactés par le Licenciement Économique de GAC (COTILEG) à l’établissement AFG Bank Guinée (anciennement Société Générale de Banques en Guinée – SGBG). Au centre de la contestation : les prélèvements automatiques effectués par la banque sur les indemnités de départ des salariés pour éponger leurs crédits en cours, au détriment de l’activation des garanties d’assurance.
L’affaire remonte à la deuxième moitié de l’année 2025, lorsque l’entreprise minière GAC se voit contrainte de notifier le licenciement économique de plusieurs cadres et employés. Conformément à la législation du travail guinéenne, les ex-salariés perçoivent leurs indemnités légales et conventionnelles de rupture, regroupées sous la forme d’un Solde de Tout Compte (STC). Toutefois, une part importante de ces employés détenait des prêts bancaires contractés auprès de la SGBG (devenue AFG Bank). Dès la réception des virements du STC sur les comptes courants des clients, l’établissement bancaire procède à la compensation et saisit ces sommes afin d’apurer l’intégralité ou une partie du capital restant dû. Une décision perçue comme un coup dur par les travailleurs, qui s’estimaient protégés contre l’insolvabilité par une « Assurance Perte d’Emploi » souscrite au moment de l’octroi des crédits.
Pour le COTILEG, dirigé par Yalamon-Cê Théa, la banque aurait dû procéder au déclenchement du contrat d’assurance groupe (souscrit auprès du pool UGAR / ACTIVA VIE) afin de prendre en charge le reliquat de la dette en raison du caractère involontaire de la perte d’emploi. Le collectif reproche à la banque des prélèvements jugés abusifs, un blocage arbitraire de certains comptes et une opacité dans la communication contractuelle.
Dans une réponse formelle rendue par la banque en janvier 2026, la direction de l’expérience client d’AFG Bank Guinée oppose une fin de recevoir juridique stricte, rappelant qu’en cas de perte d’emploi, le Solde de Tout Compte (STC) constitue la première garantie de remboursement et doit être prioritairement affecté à l’apurement de la dette contractée. S’appuyant sur les termes de la notice d’assurance et de l’Article 1 du contrat, la banque soutient que l’assurance n’intervient que si le STC s’avère insuffisant pour couvrir la créance, dans la limite d’un plafond habituel de 50 millions GNF. Les prêts ayant été intégralement soldés par la saisie des indemnités, AFG Bank estime que le risque d’insolvabilité ne s’est pas réalisé.
La confrontation n’a cessé d’enchaîner les étapes administratives. Entre la fin novembre et le début du mois de décembre 2025, une première réclamation formelle du COTILEG a été suivie d’un accusé de réception de la SGBG fixant un délai d’instruction interne. Le 22 décembre 2025, une rencontre organisée au siège de la banque à Coléah (Conakry) a réuni les deux parties. Lors de cet échange, le COTILEG a déploré l’absence de l’assureur ACTIVA et a exigé la mainlevée sur les STC, tandis que la banque a maintenu que chaque dossier relève d’une analyse individuelle soumise au secret bancaire. Le 20 janvier 2026, alors qu’AFG Bank confirmait par écrit l’impossibilité de restituer les sommes, le COTILEG a relancé la direction bancaire sous forme d’ultimatum, menaçant de saisir la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) et d’engager des poursuites judiciaires à défaut de réponse sous 10 jours.
Pour les ex-travailleurs de GAC, le sentiment d’injustice s’accroît au regard des pratiques adoptées par d’autres établissements financiers de la place. Interrogé sur la situation, Yalamon-Cê Théa, président du COTILEG, ne cache pas son amertume : « Nous réclamons le remboursement des montants prélevés par la SGBG comme les autres banques l’ont déjà fait avec nos collègues. Ecobank a remboursé leur argent, Orabank a fait de même et la démarche auprès de Vista Bank est en cours. Seule la SGBG reste campée sur sa position. »
À ce jour, le blocage demeure entier. Tandis que la banque renvoie ses clients vers un traitement au cas par cas au sein de ses agences, le COTILEG menace de porter l’affaire devant les tribunaux et les autorités de régulation.
AAS




