À moins d’un mois de la rentrée scolaire fixée au 5 octobre 2026, le climat se tend dans le secteur éducatif guinéen. Au centre des préoccupations : le dossier des 4 500 enseignants contractuels communaux non retenus à l’issue du processus d’intégration de 2024. Sans arrêté d’engagement à ce jour, ces enseignants menacent de ne pas reprendre les cours, faisant planer le risque d’une grève générale et illimitée.

La rentrée scolaire 2026-2027, annoncée officiellement en Conseil des ministres le 3 septembre dernier, pourrait ainsi démarrer dans un contexte particulièrement difficile pour le système éducatif.

Des enseignants toujours sans statut officiel

La crise remonte au concours organisé en 2024 par les autorités guinéennes pour permettre l’intégration d’enseignants contractuels déjà présents dans les salles de classe. Le processus comportait notamment une évaluation pratique de classe.

Sur près de 14 000 candidats, environ 10 000 ont finalement obtenu, en septembre 2024, un arrêté d’intégration à la fonction publique locale. Mais quelque 4 500 autres, bien qu’ayant obtenu la moyenne à l’évaluation, sont restés en marge du processus. Depuis, ces enseignants continuent pourtant d’assurer leur mission dans les établissements scolaires, notamment dans les zones rurales et les localités difficiles d’accès, sans bénéficier d’un statut administratif officiel.

Une situation qui intervient alors que le système éducatif guinéen est déjà confronté à un important déficit en personnel enseignant. Dans le primaire public, le ratio atteint environ 46,2 élèves par enseignant, illustrant la pression qui pèse sur les établissements.

Le protocole du 3 janvier au centre des revendications

Le dossier des contractuels s’est également retrouvé au cœur du protocole d’accord signé le 3 janvier 2026 entre le gouvernement et l’Intersyndicale de l’éducation, composée de la Fédération Syndicale Professionnelle de l’Éducation (FSPE), du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG) et du Syndicat National de l’Éducation (SNE).

Cet accord avait permis de mettre fin à un mouvement de grève qui paralysait le secteur depuis décembre 2025. Parmi les engagements pris figuraient notamment la révision et l’application du Statut particulier de l’enseignement, le déblocage de certains salaires et le paiement des primes en attente, le reclassement des admis aux examens professionnels depuis 2017 ainsi que la revalorisation des indemnités de logement et de transport.

Mais l’un des points les plus sensibles concernait l’engagement prioritaire des enseignants contractuels non retenus lors du processus de 2024, ainsi que ceux affectés dans la zone spéciale de Conakry.

Une commission mixte avait alors été mise en place avec pour mission d’examiner les listes des candidats et leurs résultats à la pratique de classe dans un délai annoncé de deux mois. Près de sept mois après la signature de l’accord, les arrêtés d’engagement attendus ne sont toujours pas disponibles.

« Notre arrêté d’engagement maintenant ! »

Face à ce qu’ils considèrent comme une lenteur dans le traitement de leur dossier, les enseignants concernés ont décidé de hausser le ton. Réunis le 1er août 2026 à la Bourse du Travail de Conakry, leurs représentants ont fixé une ligne rouge : obtenir la signature de leurs arrêtés avant la reprise des cours. Le message lancé par le collectif est sans ambiguïté : « Notre arrêté d’engagement maintenant ! »

Le coordinateur du collectif, Diaka Sow, est allé plus loin en prévenant que l’absence d’avancée pourrait empêcher la reprise effective des cours. « Tant qu’il n’y a pas d’arrêté d’engagement, il n’y aura pas de cours. Terminé ! » Une déclaration qui traduit la profondeur du malaise chez ces enseignants, qui affirment avoir continué à servir l’école guinéenne malgré leur situation administrative précaire.

Le gouvernement tente de calmer la tension

Conscientes du risque qui pèse sur la rentrée, les autorités ont multiplié les rencontres avec les organisations syndicales. La nouvelle ministre de l’Éducation nationale, Bintou Keïta, a notamment reçu les fédérations syndicales le 4 août afin d’échanger sur les principales revendications du secteur.

Une autre rencontre s’est tenue le 11 septembre entre l’Intersyndicale de l’éducation et Ramatoulaye Camara, Secrétaire générale du ministère du Travail et de la Fonction publique. À cette occasion, la responsable a promis de transmettre le dossier au Premier ministre afin de favoriser une relance des discussions.

Du côté syndical, les positions restent toutefois partagées entre volonté d’apaisement et maintien de la pression. Le secrétaire général du SLECG, Aboubacar Soumah, estime que les commissions mises en place doivent poursuivre leur travail afin de trouver une issue avant la rentrée.

« Les enseignants ne peuvent pas demander l’augmentation de salaire. Il y a des commissions qui sont en train de travailler sur le Protocole d’accord du 3 janvier 2026. Donc, d’ici l’ouverture, on trouvera la solution à tous ces points-là. »

Le SNE, de son côté, adopte un ton beaucoup plus ferme. Son responsable de la communication, Aboubacar Diesto Camara, insiste sur la nécessité pour le gouvernement de respecter les engagements conclus avec les syndicats. Le secrétaire général du syndicat, Michel Pépé Balamou, reconnaît néanmoins que certains engagements à incidence financière immédiate ont déjà été exécutés depuis avril-mai, notamment les primes de transport, de préparation et de documentation.

Mais pour le syndicat, les dossiers administratifs, notamment celui des contractuels, restent toujours en suspens.

Une rentrée sous haute surveillance

À quelques semaines du 5 octobre, l’équation devient donc particulièrement délicate pour les autorités.

Le départ ou non des 4 500 enseignants concernés pourrait avoir des conséquences importantes dans les établissements qui dépendent fortement de ces contractuels, notamment dans les zones rurales et périurbaines. Une éventuelle mobilisation pourrait ainsi accentuer un déficit d’enseignants déjà préoccupant et perturber le démarrage de l’année scolaire 2026-2027.

Au-delà de la question professionnelle, le dossier revêt également une dimension sociale. Les enseignants concernés dénoncent une situation de précarité administrative qui dure depuis plusieurs années, alors qu’ils continuent à exercer dans les salles de classe.

Le pouvoir face à un dossier devenu politique

Désormais, la balle se trouve dans le camp des autorités. Le dossier interpelle directement les responsables de la Transition, notamment le président de la Transition, le Général Mamadi Doumbouya, que les collectifs de contractuels appellent à intervenir pour débloquer une situation qui dépasse désormais le seul cadre administratif.

À Conakry comme dans plusieurs localités du pays, parents d’élèves et enseignants suivent avec inquiétude l’évolution de la situation. Le compte à rebours est lancé. Le 5 octobre approche et, avec lui, une question essentielle : le gouvernement parviendra-t-il à trouver un compromis avec les enseignants avant la reprise, ou la rentrée scolaire 2026-2027 s’ouvrira-t-elle sur un nouveau bras de fer social ?

Une chose est certaine : le dossier des 4 500 enseignants contractuels est désormais l’un des principaux points de tension susceptibles de déterminer l’atmosphère de cette nouvelle année scolaire.

Mamadou Sékou Kouyaté pour eclatinfogn.com