Quelques jours après la publication de l’enquête de la journaliste canadienne Isabelle Hachey sur l’affaire Raphiou Sow, le journaliste guinéen Ibrahim Barry affirme avoir quitté la Guinée pour des raisons de sécurité. Celui qui a facilité la rencontre entre la reporter de La Presse et l’homme politique dit avoir reçu des menaces de mort depuis la diffusion de l’article.
L’affaire trouve son origine dans une enquête publiée le 6 juin dernier par Isabelle Hachey, journaliste au quotidien canadien La Presse. Fruit de plusieurs mois d’investigations, ce travail journalistique revient sur le meurtre de Rachelle Wrathmall, une Canadienne de 31 ans retrouvée morte à son domicile de Lennoxville, au Québec, en juin 2007.
Dans cette enquête, la journaliste retrace le parcours de Raphiou Sow, homme politique guinéen et président du Parti du Renouveau et du Progrès (PRP). Le dossier s’intéresse notamment aux investigations menées pendant plusieurs années par les autorités canadiennes autour de la mort de son épouse. Si les enquêteurs ont longtemps considéré Raphiou Sow comme un suspect important dans cette affaire non élucidée, aucune accusation criminelle n’a été annoncée publiquement contre lui et il n’a jamais été condamné par la justice canadienne.
Comment la rencontre avec Raphiou Sow a été organisée
Interrogé par notre rédaction dans la nuit du dimanche 14 juin, Ibrahim Barry est revenu sur son rôle dans la réalisation de l’entretien accordé par Raphiou Sow à la journaliste canadienne lors de son passage en Guinée.
Selon lui, Isabelle Hachey l’avait sollicité afin de faciliter une rencontre avec l’homme politique guinéen.
«La journaliste (Isabelle Hachey) m’a contacté pour me dire de l’aider à rencontrer Raphiou Sow. J’ai donné mon feu vert. Elle est venue en Guinée le 15 avril 2026 à 21h. Ça a trouvé que j’ai déjà calé le rendez-vous avec Raphiou pour le 18 avril dernier, c’était un samedi dans un Café à Kipé à proximité du Lycée français […]. C’est ainsi qu’on a réalisé l’interview avec Raphiou », explique-t-il.
Isabelle, Ibrahim Barry et Raphiou lors de l’interview
Une fois son travail de terrain terminé, la journaliste est retournée au Canada où son enquête a finalement été publiée plusieurs semaines plus tard. « Quand elle est rentrée (au Canada) elle a publié l’article le 6 juin [2026] », précise-t-il.
« Des menaces de mort avec des numéros inconnus »
Depuis la publication de cette enquête, Ibrahim Barry affirme être la cible de menaces. À la question de savoir de quelle nature sont ces intimidations, il répond : « Ce sont des menaces de mort avec des numéros inconnus ».
Le journaliste estime que ces pressions sont liées à sa participation à l’organisation de l’entretien entre Isabelle Hachey et Raphiou Sow.
« J’ai quitté le pays pour le moment à cause des menaces de mort que je reçois récemment […]. La publication de cet article a suscité de vives réactions dans le pays. Les proches de Raphiou m’en veulent à mort soi-disant que c’est moi qui l’ai piégé […]. Donc pour ma sécurité, j’ai décidé de quitter le pays pour l’instant. Actuellement, je suis à un lieu sûr, hors de la Guinée », affirme-t-il.
À ce stade, aucune preuve n’a été rendue publique permettant d’établir l’origine des menaces évoquées par le journaliste.
Raphiou Sow décline toute réaction
Contacté ce lundi matin afin de recueillir sa réaction aux déclarations d’Ibrahim Barry, Raphiou Sow n’a pas souhaité commenter. « Désolé pour le moment je ne peux pas (réagir) », a-t-il déclaré.
Lorsque nous lui avons indiqué comprendre sa position, l’homme politique a simplement répondu : « Merci beaucoup », avant que la conversation ne prenne fin. Les accusations formulées par Ibrahim Barry n’ont donc pas fait l’objet d’une réaction de la part du président du PRP.
Cette nouvelle controverse intervient alors que l’enquête d’Isabelle Hachey continue d’alimenter les débats en Guinée. Les révélations publiées par La Presse ont remis sous les projecteurs une affaire criminelle vieille de près de deux décennies et relancé les discussions autour d’un dossier qui demeure, à ce jour, non résolu.
AOD



