Alors que le Premier ministre a lancé un appel aux partis politiques et aux mouvements de la société civile pour rejoindre la Génération pour la Modernité et le développement (GMD), le Mouvement de concertation pour le développement de l’Afrique (MOCODA) émet des réserves. Dans une interview exclusive, son président, Patrice Kourouma, salue l’esprit d’unité du chef du gouvernement tout en qualifiant cette démarche de « prématurée » à l’approche des prochaines échéances électorales.
Président du MOCODA, mouvement panafricain implanté aussi bien en Afrique qu’en Europe et aux États-Unis, Patrice Kourouma a tenu à adresser un message direct au Premier ministre. D’entrée, il reconnaît les qualités de rassembleur du chef du gouvernement, qu’il décrit comme « un Premier ministre qui incarne l’unité, la paix et la stabilité institutionnelle ».
Selon lui, si le Président de la République a renouvelé sa confiance au Premier ministre en le plaçant à la tête de la GMD, « c’est parce qu’il possède de réelles qualités ». Toutefois, au-delà de cette reconnaissance, le président du MOCODA estime que l’appel lancé aux partis politiques pour rejoindre dès maintenant la GMD pose question.
« Laissons les partis compétir »
Patrice Kourouma rappelle qu’il existe aujourd’hui au moins 126 partis politiques légalement enregistrés en République de Guinée, créés dans l’objectif de conquérir le pouvoir à travers le jeu démocratique. Pour lui, l’enjeu principal réside dans le respect de cette compétition politique.
« Nous allons vers des élections où les partis politiques doivent compétir. Chacun doit se présenter devant les électeurs », insiste-t-il.
C’est dans ce contexte qu’il qualifie la main tendue du Premier ministre de « prématurée », même s’il reconnaît sa sincérité. Selon lui, engager des consultations politiques avant le verdict des urnes risque de fausser l’évaluation réelle du poids de chaque formation.
Attendre le verdict populaire
Pour le président du MOCODA, les prochaines élections locales, législatives et sénatoriales seront déterminantes. Elles permettront d’établir clairement les rapports de force sur l’échiquier politique guinéen.
« À l’issue de ces élections, nous connaîtrons le poids réel de chaque parti dans le microscope politique guinéen. C’est à ce moment-là que les discussions pourront se faire sur des bases claires », explique-t-il.
Il plaide ainsi pour des discussions au cas par cas, fondées sur des critères précis et sur la représentativité réelle issue des urnes, plutôt que sur des ralliements anticipés.
Ouverture à la société civile, prudence avec les partis
Si Patrice Kourouma se montre réservé concernant une fusion rapide avec les partis politiques, il adopte une position plus ouverte vis-à-vis des mouvements de la société civile.
« Avec les mouvements de la société civile, la concertation et les discussions peuvent se faire. Mais pour les partis politiques, il faut leur laisser la latitude de se présenter devant leurs électeurs », précise-t-il.
Selon lui, une majorité présidentielle élargie et cohérente ne pourra véritablement se construire qu’après la mise en place de l’Assemblée nationale et du Sénat, sur la base de rapports de force clairement établis.
Un soutien respectueux au Premier ministre
Malgré ses réserves, le président du MOCODA réaffirme son respect et sa confiance envers le Premier ministre, saluant sa gestion du processus électoral présidentiel et sa capacité à fédérer les Guinéens autour de la vision du Chef de l’État.
« Votre main tendue est favorablement accueillie, mais laissons le temps au temps », conclut-il, appelant à une démarche progressive et inclusive.
En fin, Patrice Kourouma rappelle l’engagement panafricain de son mouvement :
« La Guinée est notre patrie, l’Afrique notre avenir. »
AAS




