Un glissement de terrain d’une ampleur exceptionnelle a frappé le site minier de Rubaya, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), faisant craindre un bilan humain extrêmement lourd. Selon les autorités congolaises, au moins 200 personnes auraient péri dans l’effondrement d’une colline survenue cette semaine , au cœur de la cité minière stratégique du Nord-Kivu.

Située à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Goma, Rubaya est l’un des principaux centres mondiaux d’extraction de coltan, un minerai indispensable à la fabrication des téléphones portables, ordinateurs et équipements électroniques. La zone est toutefois contrôlée depuis avril 2024 par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, selon les Nations unies, compliquant fortement l’accès des secours et l’évaluation du bilan.

D’après des informations encore fragmentaires, un pan entier de colline s’est effondré en fin d’après-midi, après de fortes pluies, ensevelissant des dizaines de puits artisanaux dans le secteur de Luwowo. Un second glissement de terrain, survenu le lendemain matin, aurait aggravé la catastrophe. Des corps ont été extraits des gravats, mais aucun décompte officiel précis n’a encore pu être établi.

La zone reste difficile d’accès et privée de réseau téléphonique depuis plusieurs jours, rendant toute communication complexe. Des blessés, parfois grièvement atteints, ont été pris en charge dans des structures sanitaires aux moyens limités, certains ayant dû être évacués vers la ville de Goma.

Selon la presse congolaise, le bilan pourrait être encore plus lourd. Le site Actualité.cd évoque au moins 226 morts, citant le porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu nommé par l’AFC/M23. Parmi les victimes figureraient des mineurs artisanaux, mais aussi des commerçantes, des femmes et des enfants présents sur le site au moment du drame.

Rubaya concentre une part considérable de la production mondiale de coltan, estimée entre 15 % et 30 %, tandis que la RDC détiendrait près de 60 % des réserves mondiales connues. Chaque jour, des milliers de creuseurs artisanaux y travaillent dans des conditions extrêmement précaires, souvent sans aucun dispositif de sécurité, sur des collines instables profondément ravinées par l’exploitation minière.

En saison des pluies, ces zones deviennent particulièrement dangereuses. « Les glissements de terrain sont fréquents dans les sites d’exploitation artisanale non réglementée », rappellent plusieurs ONG locales, qui dénoncent l’absence de contrôle et de mesures de protection.

Pour Kinshasa, ce drame ne peut être dissocié du contexte sécuritaire et politique. Dans un communiqué, le gouvernement congolais dénonce « une occupation armée et un système organisé de pillage » des ressources minières par le M23 et le Rwanda. Des experts de l’ONU affirment que le groupe armé a mis en place à Rubaya une administration parallèle, délivrant des permis et taxant la production et le commerce du coltan, générant plusieurs centaines de milliers de dollars par mois.

Ravagée par près de trente années de conflits, la région du Nord-Kivu connaît un regain de violences depuis la résurgence du M23 en 2021. En janvier et février 2025, le groupe armé s’est notamment emparé, avec le soutien de l’armée rwandaise selon l’ONU, des grandes villes de Goma et Bukavu, accentuant l’instabilité et la vulnérabilité des populations civiles.

AAS