La Guinée accueille la 21e Assemblée générale du Système d’échange d’énergie électrique ouest-africain (WAPP). Présidée ce vendredi 6 novembre 2026 par le Premier ministre Amadou Oury Bah, cette rencontre réunit les responsables des sociétés nationales d’électricité et les partenaires techniques et financiers autour d’un enjeu stratégique : consolider le marché régional de l’électricité et renforcer la sécurité énergétique en Afrique de l’Ouest.

« Consolider le marché régional de l’électricité : un levier de résilience pour l’Afrique de l’Ouest ». C’est autour de cette thématique que s’est ouverte à Conakry la 21e Assemblée générale du WAPP. Une rencontre qui intervient dans un contexte marqué par des avancées importantes en matière d’interconnexion des réseaux électriques des quinze pays de la sous-région et par la préparation d’un marché régional compétitif.
Créé en 1999 par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le WAPP œuvre à l’intégration des systèmes électriques nationaux, au développement des infrastructures de production et de transport ainsi qu’à l’organisation des échanges transfrontaliers d’électricité. L’organisation compte aujourd’hui 16 membres institutionnels et 60 sociétés membres.
Le directeur général d’Électricité de Guinée (EDG-SA), Elhadj Gando Barry, a insisté sur l’importance de la solidarité énergétique entre les États. Pour lui, l’intégration régionale doit permettre aux pays de mieux exploiter leurs ressources et de se soutenir mutuellement face aux difficultés d’approvisionnement.
« Elle nous invite à mieux valoriser la complémentarité de nos ressources, à développer les échanges et à renforcer la solidarité entre nos systèmes électriques, à bénéficier de l’électricité du voisin lorsqu’on a des difficultés, mais aussi à lui venir au secours lorsqu’il a des difficultés », a-t-il déclaré.

Le responsable d’EDG a également rappelé que la réussite de cette intégration ne dépend pas uniquement de la construction des infrastructures. Elle exige aussi une coopération efficace, le partage d’informations et le respect des engagements entre les sociétés membres.
De son côté, le secrétaire général du WAPP, Abdoulaye Dia, a mis en avant les avancées enregistrées dans le processus d’intégration énergétique. Selon lui, les réseaux électriques des quinze pays d’Afrique de l’Ouest ont été interconnectés, puis synchronisés le 8 novembre 2025, permettant leur fonctionnement coordonné.
« Après avoir réalisé l’interconnexion des quinze pays de l’Afrique de l’Ouest, de la Mauritanie jusqu’au Nigeria, le WAPP a réussi le 8 novembre 2025 dernier à synchroniser tous ces réseaux, c’est-à-dire à les faire fonctionner ensemble », a-t-il souligné.
La prochaine étape, selon le secrétaire général, concerne le lancement de la phase compétitive du marché régional, notamment à travers le mécanisme du marché du jour pour le lendemain. Son démarrage est annoncé pour le premier trimestre 2027. Ce dispositif permettra aux différents acteurs du secteur d’acheter et de vendre de l’électricité en fonction de leurs besoins à l’échelle de la sous-région.
Abdoulaye Dia a toutefois attiré l’attention sur la nécessité de renforcer les capacités financières des sociétés nationales d’électricité pour assurer le fonctionnement durable de ce marché. Il a notamment lancé un appel aux autorités guinéennes en faveur d’un tarif juste permettant à l’EDG de disposer des moyens nécessaires pour relever les défis du secteur.
Avec un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 6 000 mégawatts, la Guinée entend jouer un rôle majeur dans cette dynamique régionale. Le ministre de l’Énergie, Laye Sékou Camara, a réaffirmé la volonté du gouvernement de valoriser davantage les ressources nationales et de renforcer les connexions avec les pays voisins.
« La Guinée a fait le choix de l’intégration et elle en tire déjà les bénéfices à travers les interconnexions qui relient notre pays à ses voisins. Elle entend poursuivre dans cette voie parce que l’énergie ne connaît pas de frontières utiles lorsqu’il s’agit de sécuriser l’approvisionnement et de réduire les coûts », a-t-il affirmé.
Le ministre a également évoqué plusieurs perspectives de coopération et d’investissement, notamment un accord avec la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) pour le financement d’un projet hydroélectrique de 27 mégawatts. Il a par ailleurs annoncé des avancées dans les discussions avec l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), autour de la liaison énergétique Manantali-Koukoutamba.
Pour Laye Sékou Camara, l’ambition guinéenne dépasse les frontières nationales. « Nous allons jouer notre rôle pour amener l’Afrique de l’Ouest à l’indépendance énergétique », a-t-il déclaré, en réaffirmant l’engagement du pays dans la coopération sous-régionale.
Le Premier ministre Amadou Oury Bah a, pour sa part, placé l’intégration énergétique au cœur des enjeux de souveraineté, de compétitivité et de transformation économique des États.

Pour le chef du gouvernement, aucune nation ne peut réussir son industrialisation et améliorer durablement les conditions de vie de ses populations sans disposer d’un système énergétique fiable, accessible et performant.
« Nous devons passer d’une juxtaposition des systèmes électriques nationaux à une véritable communauté énergétique ouest-africaine avec, dans une large mesure, les mêmes standards de management et de performance », a-t-il déclaré.
Le Premier ministre a également insisté sur la responsabilité des sociétés nationales d’électricité, appelées à améliorer leur gouvernance, leur rentabilité et leurs performances opérationnelles. Il a invité les partenaires techniques et financiers ainsi que les producteurs indépendants à poursuivre leurs investissements dans les capacités de production et les infrastructures de transport.
En Guinée, cette ambition est notamment liée à la mise en œuvre du programme économique Simandou 2040. Amadou Oury Bah estime que sa réussite nécessite des réformes profondes du système énergétique national afin d’accompagner la diversification de l’économie et le développement des activités industrielles.
Il a notamment cité les barrages de Kaléta et de Souapiti parmi les acquis sur lesquels le pays entend poursuivre la construction d’un système énergétique plus performant, tout en mettant en avant les projets de Koukoutamba et de Sambagoulou comme des illustrations de la coopération régionale.
En déclarant officiellement ouverts les travaux de cette 21e Assemblée générale, le chef du gouvernement a réaffirmé la disponibilité de la Guinée à accompagner la construction d’un espace énergétique ouest-africain « plus intégré, plus performant et plus solidaire ».
Au-delà de cette rencontre de Conakry, le défi du WAPP reste désormais de transformer les acquis de l’interconnexion en un véritable marché régional opérationnel. Une ambition dont la réussite dépendra autant des investissements dans les infrastructures que de la solidité financière des sociétés d’électricité et de la volonté politique des États membres.
AAS




