La Guinée accueille depuis ce mercredi 2 septembre 2026 la 12e Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs. Pendant quatre jours, décideurs, experts, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile et représentants de la jeunesse vont échanger sur les défis auxquels sont confrontés les adolescents et les jeunes africains. Une rencontre continentale officiellement ouverte par le Premier ministre Amadou Oury Bah, au nom du chef de l’État.

Conakry est pendant quatre jours au cœur des débats africains sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes. La 12e édition de cette conférence continentale s’est ouverte ce mercredi autour du thème : « Santé et droits sexuels et reproductifs des adolescentes, des adolescents et des jeunes en Afrique face aux crises multiformes ».

La rencontre réunit plusieurs acteurs venus d’Afrique et d’ailleurs, avec une ambition affichée : faire l’état des lieux des politiques existantes, identifier les difficultés persistantes et surtout dégager des solutions concrètes face aux crises qui fragilisent l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive.

Pendant quatre jours, les échanges porteront notamment sur la santé menstruelle, la santé sexuelle des jeunes, l’accès à l’information et aux services de santé, les violences basées sur le genre, les mutilations génitales féminines, la planification familiale ainsi que la participation des jeunes dans les décisions qui les concernent.

« Nous ne sommes pas seulement le futur de l’Afrique, nous sommes le présent »

Prenant la parole au nom des adolescents et des jeunes d’Afrique, Cécile Raphaël Macos, Coordinatrice nationale de Young Woman of Africa, a livré un plaidoyer particulièrement marqué par les réalités vécues par les jeunes filles.

Pour elle, les crises sanitaires, les conflits, les déplacements de populations, les dérèglements climatiques, les difficultés économiques et les violences aggravent les vulnérabilités des jeunes.

Elle dénonce notamment le silence qui entoure encore les questions liées au corps et à la santé reproductive des jeunes filles.

La représentante de la jeunesse estime que le continent doit garantir à chaque adolescent et adolescente le droit de comprendre son corps, d’accéder à une information fiable et adaptée à son âge et de bénéficier de services de santé de qualité, sans honte, sans jugement ni violence.

Elle appelle surtout à réduire le fossé entre les droits reconnus dans les textes et leur application dans la vie quotidienne.

« Nous ne sommes pas seulement le futur de l’Afrique, nous sommes le présent », a-t-elle martelé, appelant les participants à faire de cette conférence un espace de décisions et d’actions concrètes.

Kadidiatou Sow : traduire les engagements africains dans la réalité

Dans la même dynamique, Kadidiatou Sow, Directrice générale du Centre ODAS, a rappelé que l’Afrique dispose déjà de plusieurs cadres politiques et juridiques en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs.

Elle a notamment cité le Protocole de Maputo, la Charte africaine de la jeunesse, la Stratégie africaine de la santé ainsi que les engagements pris dans le cadre de la CIPD, de FP2030 et du Partenariat de Ouagadougou.

Mais pour la responsable, le véritable défi réside désormais dans la traduction de ces engagements en politiques publiques et en services accessibles aux populations.

Elle a particulièrement insisté sur la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre, des violences sexuelles, des mariages précoces et forcés, des violences conjugales et des mutilations génitales féminines.

Kadidiatou Sow a également annoncé la perspective d’une table ronde régionale de haut niveau à Conakry sur la mise en œuvre du Protocole de Maputo, notamment en lien avec les politiques de santé et les droits reproductifs des adolescentes et des jeunes femmes.

La Belgique réaffirme son engagement

Partenaire de la Guinée dans plusieurs domaines, Olivier Quinaux, Ambassadeur de Belgique en Guinée, a salué le choix de Conakry pour abriter cette 12e conférence.

Il voit dans cette rencontre le symbole d’une ambition renouvelée de la Guinée sur la scène multilatérale et d’un engagement en faveur du développement humain.

Le diplomate belge a rappelé que les jeunes doivent pouvoir exercer leurs droits aussi bien dans les textes que dans les faits, notamment à travers l’accès à une information fiable, à des services de santé de qualité et à un environnement protecteur.

À travers Enabel, la Belgique entend poursuivre son accompagnement dans les domaines de la santé, de l’égalité de genre et de l’autonomisation, notamment à Conakry, Kindia et Mamou.

La lutte contre les mutilations génitales féminines, la prévention des violences et la participation des jeunes aux processus de décision figurent également parmi les priorités évoquées.

La Guinée veut transformer les engagements en résultats

Pour Khaïté Sall, ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, cette conférence intervient dans un contexte de transformation du système de santé guinéen.

Elle a souligné la volonté du gouvernement de faire de la santé un investissement stratégique dans le capital humain, la dignité et l’avenir du pays.

Cette orientation s’inscrit, selon la ministre, dans le cadre de Simandou 2040, notamment à travers son pilier consacré à la santé et au bien-être.

La Guinée entend ainsi renforcer la santé communautaire, rapprocher les soins des populations, améliorer l’offre sanitaire et progresser vers la couverture sanitaire universelle.

Dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, plusieurs actions sont mises en avant : la gratuité de l’accouchement, le renforcement des soins obstétricaux et néonataux d’urgence, l’extension de la planification familiale, l’amélioration des services destinés aux adolescents et aux jeunes ainsi que la lutte contre les violences basées sur le genre.

La ministre a toutefois reconnu que d’importants défis persistent.

Elle a notamment évoqué une prévalence encore très élevée des mutilations génitales féminines chez les femmes de 15 à 49 ans et une mortalité maternelle qui demeure préoccupante.

Pour Khaïté Sall, l’enjeu est désormais de rendre les engagements visibles dans la vie quotidienne : des services plus proches, des professionnels mieux formés, des produits essentiels disponibles, des soins respectueux et confidentiels et une participation réelle des jeunes aux décisions.

Amadou Oury Bah : « Parler ne suffit pas »

Présidant la cérémonie au nom du chef de l’État, le Premier ministre Amadou Oury Bah a placé la santé et la protection de la jeunesse au cœur des enjeux de développement du continent.

Selon lui, l’Afrique tire de sa jeunesse sa première force, mais cette force ne pourra produire pleinement ses effets que si les jeunes sont éduqués, protégés et en bonne santé.

Il a souligné les conséquences des grossesses précoces, des violences non prises en charge et de l’accès tardif aux soins sur la scolarité, la santé et les perspectives d’avenir des jeunes filles.

Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité d’assurer la continuité des services de santé sexuelle et reproductive, y compris en période de crise, tout en renforçant les financements nationaux afin de réduire la dépendance aux ressources extérieures.

Mais l’intervention du Premier ministre a surtout été marquée par un appel à revoir l’efficacité des stratégies de sensibilisation.

Évoquant notamment l’expérience brésilienne et les mécanismes d’incitation destinés à favoriser la scolarisation et la protection des jeunes, Amadou Oury Bah a estimé que les simples discours ne suffisent pas toujours à provoquer des changements de comportement.

« Parler, parler, parler, parler ne suffit pas », a-t-il lancé, appelant à réfléchir à des mécanismes plus incitatifs, tout en précisant qu’il s’agissait d’une réflexion et non d’une position arrêtée.

Pour lui, les politiques publiques doivent produire des résultats mesurables et atteindre aussi bien les jeunes des centres urbains que ceux des zones rurales.

Quatre jours pour dégager des réponses concrètes

La 12e Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs se veut ainsi un espace de dialogue, mais surtout de transformation des engagements en actions.

Face aux crises sanitaires, humanitaires, sécuritaires, économiques et climatiques, les participants devront identifier des réponses capables de préserver l’accès des adolescents et des jeunes aux services essentiels.

La participation de la jeunesse, la mobilisation de financements durables, la résilience des systèmes de santé, la lutte contre les violences basées sur le genre et la protection des droits sexuels et reproductifs devraient figurer au centre des discussions.

Au terme des quatre jours de travaux, les organisateurs espèrent faire émerger des recommandations opérationnelles, un plan d’action déclinable dans les pays africains et des mécanismes de suivi.

À Conakry, le message semble désormais partagé : l’Afrique dispose de nombreux engagements. Le défi est de faire en sorte qu’ils quittent les textes et les salles de conférence pour devenir des réalités concrètes dans la vie des adolescentes, des adolescents et des jeunes.

AAS