Conakry accueille depuis ce mercredi la 12ᵉ Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs. Pendant quatre jours, des experts, chercheurs, professionnels de santé, représentants de la société civile, partenaires techniques et jeunes venus de plusieurs pays échangent sur les défis liés à la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes, dans un contexte marqué par des crises multiformes.

C’est parti pour la 12ᵉ Conférence africaine sur les droits et la santé sexuels et reproductifs. Organisée à Conakry autour du thème « Santé et droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes en Afrique face aux crises multiformes », la rencontre entend dresser l’état des lieux, analyser les défis et dégager des pistes de solutions adaptées aux réalités africaines.

La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, au nom du Président de la République, en présence de plusieurs membres du Gouvernement, de partenaires techniques et financiers, de représentants d’organisations internationales, de diplomates et de hauts cadres de l’administration.

Durant quatre jours, les participants vont notamment débattre de la santé sexuelle et reproductive des jeunes, de la santé menstruelle, de l’accès aux services de santé, des violences basées sur le genre, des mutilations génitales féminines, mais aussi de l’impact des crises humanitaires, économiques et climatiques sur les adolescents et les jeunes.

« Aucune femme ne devrait perdre la vie parce qu’elle est pauvre »

Dans son discours, la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Khaïté Sall, a placé la dignité humaine et l’accès équitable aux soins au cœur des engagements de la Guinée.

Pour la ministre, les droits sexuels et reproductifs ne doivent pas rester de simples principes inscrits dans les textes. Ils doivent se traduire par des services accessibles et de qualité pour les populations.  « Un droit ne vit pas dans un texte, il vit dans la distance qu’une femme n’a plus à parcourir pour accoucher. Il vit dans la présence d’une sage-femme à son poste de travail, dans la disponibilité d’un contraceptif, dans la confidentialité offerte à une adolescente, dans la prise en charge digne d’une survivante de violences », a-t-elle déclaré.

Poursuivant, Khaïté Sall a résumé l’ambition de son département en une série de principes forts : « Aucune femme ne devrait perdre la vie parce qu’elle est pauvre. Aucun adolescent ne devrait être privé d’un service essentiel parce qu’elle vit loin. Aucune survivante ne devrait être abandonnée au silence faute d’un dispositif d’accueil et de prise en charge. »

La Guinée met en avant les réformes engagées dans le secteur de la santé

La ministre a également défendu les réformes engagées par la Guinée pour transformer son système de santé. Elle a notamment évoqué la gratuité de l’accouchement, le renforcement des soins obstétricaux et néonataux d’urgence, l’extension de la planification familiale au niveau communautaire ainsi que l’amélioration progressive des services destinés aux adolescents et aux jeunes.

À cela s’ajoutent la construction de nouveaux centres de santé, la rénovation et la reconstruction d’hôpitaux, la modernisation des plateaux techniques et le renforcement de la santé communautaire.

La construction du Centre national de santé familiale et de reproduction humaine (CESFA) s’inscrit également dans cette dynamique. Cette infrastructure doit permettre à la Guinée de renforcer son offre spécialisée dans les domaines de la santé de la femme, de la reproduction humaine et de la prise en charge des cas complexes.

La ministre a aussi souligné l’importance de la couverture sanitaire universelle, présentée comme un moyen de réduire les inégalités d’accès aux soins et d’éviter que les populations renoncent à se faire soigner faute de ressources financières.

Des indicateurs encore préoccupants

Malgré les avancées annoncées, la ministre reconnaît que les défis restent importants. La mortalité maternelle demeure élevée dans le pays. La ministre a également cité une prévalence des mutilations génitales féminines de 94 % chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, ainsi qu’un indice de fécondité de 4,3 enfants par femme.

Ces chiffres, a-t-elle expliqué, ne doivent pas servir uniquement à dresser un constat alarmant, mais surtout à mesurer l’effort restant à accomplir et à mieux orienter les politiques publiques.

La Guinée entend ainsi renforcer la continuité des services de santé en période de crise, préserver les acquis en matière de droits, assurer des financements plus durables, améliorer la redevabilité des institutions et adapter davantage les services aux besoins des adolescents, des jeunes et des personnes vulnérables.

Faire de Conakry un point de départ pour des actions concrètes

Pour Khaïté Sall, cette conférence ne doit pas se limiter aux déclarations et aux engagements. « Cette conférence sera utile si elle nous permet de faire mieux après Conakry qu’avant Conakry », a-t-elle insisté.

La Guinée souhaite notamment que les travaux débouchent sur des recommandations régionales opérationnelles, un plan d’action applicable dans les différents pays et des mécanismes de suivi permettant de mesurer les résultats sur le terrain.

Le pays entend également intégrer les conclusions de la conférence dans les réformes engagées dans le cadre de Simandou 2040, notamment en matière de couverture sanitaire universelle, de santé communautaire, de qualité des soins et d’intégration des services de santé sexuelle et reproductive.

En direction des jeunes, la ministre a livré un message particulièrement fort : « Votre santé ne doit jamais être le prix du silence, de la distance, de la pauvreté ou de la discrimination. Votre parole a sa place dans nos institutions. Votre avenir doit compter dans chacune de nos décisions. »

Un appel qui résume l’enjeu de cette 12ᵉ conférence : faire des droits et de la santé sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes non seulement des engagements politiques, mais des réalités concrètes dans les communautés africaines.

AAS