La gestion des fonds publics consacrés à la rénovation des stades du 28-Septembre et Général Lansana Conté est désormais entre les mains de la justice. La Coordination nationale de Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée) a saisi ce jeudi le Parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), afin de demander des éclaircissements sur les montants annoncés et les procédures ayant entouré ces investissements.

Au cœur des préoccupations de l’organisation citoyenne : les importantes variations des chiffres communiqués au fil des années. Depuis 2022, plusieurs montants ont successivement été évoqués par les autorités en charge des Sports, allant de 21 milliards de francs guinéens à 540 milliards, puis à 2 000 milliards de GNF, avant d’atteindre aujourd’hui une enveloppe globale annoncée de 250 millions de dollars américains.

Cette dernière estimation est notamment détaillée dans une tribune publiée ce 20 août par l’ancien ministre des Sports, Kéamou Bogola Haba. Selon cette ventilation, 120 millions de dollars seraient consacrés au stade Général Lansana Conté de Nongo et 130 millions de dollars au stade du 28-Septembre.

L’ancien ministre invite par ailleurs à dépasser les débats sur les réseaux sociaux et à consulter les documents contractuels et administratifs permettant d’établir la réalité des dépenses.

Une position dont TLP-Guinée dit prendre acte et qu’elle entend désormais porter devant les juridictions compétentes.

L’organisation précise ne pas remettre en cause la nécessité pour la Guinée de disposer d’infrastructures sportives modernes et conformes aux standards internationaux. Elle réclame cependant davantage de transparence autour de trois principales questions.

Première interrogation: la vérité des coûts. TLP-Guinée demande notamment comment expliquer l’évolution des montants annoncés, particulièrement le passage de 2 000 milliards de GNF à 250 million de dollars.

Deuxième interrogation: la régularité des procédures. L’organisation citoyenne demande que soient rendus accessibles les contrats, éventuels avenants, décomptes ainsi que les rapports des structures de contrôle, notamment l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Agence de gestion et de contrôle des grands projets (ACGP).

Troisième interrogation: la gestion future de ces infrastructures. TLP-Guinée s’interroge sur le modèle économique de la future société Nimba Sport, appelée à jouer un rôle dans la gestion des infrastructures sportives, et sur sa capacité à transformer ces investissements en actifs rentables plutôt qu’en charges supplémentaires pour l’État.

Pour TLP-Guinée, la modernisation des infrastructures sportives constitue un choix important pour la Guinée, mais elle doit nécessairement s’accompagner d’un contrôle rigoureux de l’utilisation des ressources publiques.

L’organisation affirme ainsi agir dans un « esprit républicain et non polémique » et laisse désormais à la justice le soin de vérifier, pièces à l’appui, la régularité de l’utilisation des fonds mobilisés.

Avec cette saisine, le débat sur les coûts de rénovation des deux principaux stades du pays quitte donc le terrain politique et médiatique pour prendre une dimension judiciaire.

La CRIEF devra désormais examiner les documents et les éléments produits afin de déterminer si les fonds publics engagés dans ces projets ont été utilisés conformément aux règles en vigueur.

Pour TLP-Guinée, l’enjeu dépasse le seul domaine du sport : il s’agit également de garantir aux contribuables guinéens une gestion transparente, contrôlée et responsable des ressources publiques.

AAS