Le Procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête sur de présumées malversations financières portant sur plusieurs projets publics liés à l’accès à l’eau potable et à la gestion de l’aide humanitaire en Guinée.

Dans une réquisition adressée au Directeur central de l’Office de Répression des Délits Économiques et Financiers (ORDEF), au Directeur central de la Police judiciaire ainsi qu’au Secrétaire à la Présidence chargé des Services spéciaux et de la lutte contre le crime organisé, le parquet spécial indique avoir été saisi par voie de dénonciation.

Les faits dénoncés concernent notamment des présomptions de détournement de deniers publics, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, corruption d’agents publics, faux et usage de faux en écritures publiques et privées, ainsi que de complicité.

Selon le document judiciaire, ces soupçons portent sur la gestion de plusieurs importants programmes financés par des partenaires internationaux, notamment le Projet d’amélioration des services d’eau dans les quatre régions naturelles de la Guinée, doté de 22 105 990 euros et de 45 millions de dollars américains, exécuté par le Service national d’aménagement des points d’eau (SNAPE).

La procédure judiciaire s’intéresse également à l’utilisation d’un financement d’urgence accordé à la Guinée par le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) des Nations Unies.

En décembre 2024, le CERF avait alloué 2,5 millions de dollars pour répondre aux conséquences des inondations ayant durement frappé les régions de Kankan et Nzérékoré. Ce financement devait couvrir des interventions dans les domaines de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’eau, de l’hygiène, de l’assainissement et de l’éducation, sous la coordination de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH), en collaboration avec les agences des Nations Unies et plusieurs partenaires.

Le document rappelle que plusieurs projets prioritaires avaient été retenus, notamment un programme de 474 791 dollars confié à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour renforcer les infrastructures sanitaires dans les préfectures de Kankan, Mandiana, Kouroussa et Guéckédou, au profit de plus de 60 000 bénéficiaires. Une assistance alimentaire pilotée par le Programme alimentaire mondial (PAM) figure également parmi les projets concernés.

À travers cette réquisition, le Procureur spécial de la CRIEF charge les services compétents de mener toutes les investigations nécessaires afin d’établir les responsabilités éventuelles et de faire la lumière sur la gestion de ces différents financements.

À ce stade de la procédure, il s’agit d’une enquête judiciaire ouverte sur la base d’une dénonciation. Aucune personne n’a, pour l’heure, été déclarée coupable. Les investigations devront permettre de déterminer la réalité des faits allégués et, le cas échéant, d’identifier les auteurs présumés conformément aux dispositions de la loi.

 

AAS