Dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11, aux alentours de deux heures du matin, un immeuble en construction de cinq étages (R+5) s’est brutalement effondré, plongeant tout le secteur dans l’effroi. Le bilan, initialement établi à quatre victimes décédées, s’est alourdi à cinq morts après le décès d’un blessé à l’hôpital.
Sur place, le déploiement des forces de sécurité, de la Protection civile et des agents de l’Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humaines (ANGUCH) a permis de secourir plusieurs occupants bloqués dans les décombres. Neuf personnes ont pu être extraites vivantes grâce au travail acharné des secouristes.
Derrière ce drame matériel et humain, une voix s’était pourtant levée quelques heures plus tôt pour tenter d’éviter l’irréparable. Lamine Camara, un jeune résidant du quartier, avait remarqué dans la journée des signes avant-coureurs inquiétants sur la structure du bâtiment. « Je suis venu voir l’action de la menace, c’était un peu dangereux, j’ai pris la photo du pilier. Je me suis dirigé directement vers le chef de quartier. Je leur ai dit de venir arrêter le chantier, que c’était très dangereux », raconte Lamine avec émotion.
Face à la dégradation visible des piliers, les autorités locales interviennent dans l’après-midi et incitent les riverains à évacuer. Mais un faux sentiment de sécurité est rapidement réinstallé par les responsables du chantier. « Vers 16h, le chef de chantier a dit aux gens de sortir. Après, il est parti chercher des fers qu’il a mis en bas du pilier. Il a dit que c’était bon et que les gens pouvaient rentrer dormir », poursuit le jeune homme.
Constatant la précarité de cette consolidation de fortune, Lamine Camara tente une dernière fois d’avertir ses voisins au cours de la soirée : « Je suis venu la nuit, j’ai dit : « Non, ne dormez pas ici… » Mais les gens n’ont pas pu comprendre. On était là jusqu’à 20h-21h, on faisait du thé. J’ai répété aux gens : « Moi je rentre chez moi, mais ne dormez pas ici. » À 2h du matin, on m’a appelé pour me dire que l’étage s’était effondré. »
L’imprudence du responsable de chantier pointe du doigt le non-respect des consignes de sécurité, d’autant plus que les travaux auraient dû être à l’arrêt. Le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mohamed Lamine Sy Savané, qui s’est rendu sur les lieux aux côtés des services compétents, a exprimé les condoléances du gouvernement à la famille Cissé touchée par la tragédie, tout en rappelant le contexte réglementaire :
« Pour ce cas précis, les services compétents, conformément au communiqué du gouvernement qui suspendait tous les travaux dans le Grand Conakry et dans les autres grandes villes, ce chantier malheureusement a connu une reprise hier. Comme pour répondre au parcours, l’effondrement s’en est suivi. »
Le ministre a insisté sur l’importance du respect strict des arrêtés d’évacuation et des règles de construction pour prévenir de telles catastrophes : « Une personne perdue est de trop. Une fois encore, nous demandons à tous nos concitoyens de respecter les instructions, les communiqués et les consignes données par les services compétents. »
Alors que les opérations de déblaiement se poursuivent pour s’assurer qu’aucune autre victime ne se trouve sous les gravats, une enquête de police devrait déterminer les responsabilités exactes de la reprise illégale de ces travaux et du bricolage de fortune qui a coûté la vie à cinq personnes.
Salambandé eclatinfogn.com