Kindia est souvent présentée comme le principal bassin fruitier de la Guinée. Oranges, ananas, bananes, avocats, citrons ou encore goyaves y sont cultivés en grande quantité. Pourtant, sur les étals des marchés, ces produits restent vendus à des prix jugés élevés par de nombreux consommateurs. Comment expliquer qu’une région aussi productive peine à offrir des fruits à des coûts plus abordables ? Pour répondre à cette question, nous avons rencontré des producteurs, des techniciens agricoles et des commerçants afin de comprendre les réalités qui se cachent derrière cette situation.

Des coûts de production qui ne cessent de grimper

Dans les exploitations agricoles de Kindia, les producteurs dressent tous le même constat : produire coûte désormais beaucoup plus cher. Entre l’achat des engrais, des produits phytosanitaires, la rémunération de la main-d’œuvre, l’entretien des plantations, le transport des récoltes et les pertes causées par les maladies ou les animaux, les charges s’accumulent et réduisent considérablement leurs marges.

Installée dans la production fruitière, Aïssatou Bagna Diallo raconte un parcours marqué par de nombreux obstacles avant de réussir à développer son exploitation.« J’ai bénéficié de l’appui d’une organisation internationale qui accompagne les jeunes entrepreneurs africains. Grâce à ce soutien, j’ai pu acquérir ce domaine. Le début a été très difficile, mais je savais que je m’engageais dans un secteur où les femmes sont encore peu présentes. Même après l’achat, certaines personnes pensaient pouvoir récupérer la terre parce que j’étais jeune et femme. Il a fallu beaucoup de détermination pour poursuivre ce projet. »

Pour elle, l’augmentation du prix des intrants agricoles explique largement la hausse des prix des fruits. « Sans accompagnement des producteurs, il sera difficile de maintenir une bonne production. Nous privilégions les engrais organiques, mais certains traitements restent indispensables. Aujourd’hui, un sac d’engrais se négocie entre 550 000 et 600 000 francs guinéens. Les autres produits coûtent également très cher. Lorsque nos dépenses augmentent, il est impossible de vendre les fruits au même prix qu’auparavant. Faute de moyens, plusieurs producteurs réduisent même les superficies cultivées. »

Les techniciens agricoles tirent la sonnette d’alarme

Le diagnostic est partagé par les spécialistes du secteur. L’ingénieur agronome Aboubacar Sylla estime que le coût élevé des intrants constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement de la filière. « Les engrais restent très coûteux en Guinée. L’urée avoisine les 600 000 francs guinéens, la potasse dépasse également ce montant et le NPK varie entre 330 000 et 350 000 francs. Pour des cultures comme la banane ou l’ananas, ces investissements sont indispensables. Nous sommes donc contraints d’ajuster nos prix pour éviter de produire à perte. À cela s’ajoutent les dégâts provoqués par les bœufs, qui nous obligent à recruter des gardiens. Nous souhaitons davantage de soutien de la part des autorités. »

Les commerçants répercutent les coûts d’achat

Dans les marchés de Kindia, les vendeurs affirment qu’ils ne sont pas responsables de cette flambée des prix. Selon eux, les fruits sont déjà achetés à des tarifs élevés directement auprès des producteurs. À ces dépenses viennent s’ajouter les frais de transport, les pertes liées aux fruits qui se détériorent avant d’être vendus ainsi que les différentes charges du commerce. Commerçante de fruits, Yarie Soumah explique que les prix pratiqués tiennent compte de cette réalité. « Nous ne décidons pas des prix au hasard. Nous revendons en fonction de notre coût d’achat et des dépenses que nous supportons. Un régime de bananes coûte entre 50 000 et 60 000 francs guinéens, les goyaves se vendent entre 20 000 et 25 000 francs et les ananas entre 15 000 et 20 000 francs. Les clients négocient souvent, et il nous arrive de réduire nos marges, voire de vendre à perte. »

La saison des pluies accentue les tensions sur les prix

Les commerçants soulignent également que la période hivernale influence fortement le marché. Les difficultés d’accès à certaines zones de production, combinées à une offre plus limitée, contribuent à maintenir les prix à un niveau élevé. Pour M’Mah Keïta, vendeuse de fruits, cette situation mérite une attention particulière. « Pendant la saison des pluies, les fruits deviennent moins disponibles dans certains villages. Les coûts des engrais et de la main-d’œuvre continuent d’augmenter. Malgré cela, nous faisons parfois des efforts pour satisfaire les clients. Nous souhaitons surtout que les producteurs bénéficient d’un meilleur accompagnement. »

Un potentiel agricole confronté à de nombreux défis

Si Kindia conserve son statut de grande région fruitière, la réalité économique montre que l’abondance de la production ne suffit pas à garantir des prix accessibles. La hausse des coûts de production, les difficultés logistiques, les pertes après récolte ainsi que les variations saisonnières influencent directement les prix proposés aux consommateurs.

Ce reportage met en évidence les défis auxquels reste confrontée la filière fruitière dans la région. Pour préserver ce potentiel agricole tout en améliorant le pouvoir d’achat des ménages, producteurs et commerçants plaident pour un meilleur accès aux intrants, un accompagnement renforcé des exploitants et des mesures permettant de réduire les coûts tout au long de la chaîne de commercialisation.

De Kindia,
Moussa Kollet, pour eclatinfogn.com