Journée mondiale de la liberté de la 
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque 3 mai depuis 1993 sous l’égide de UNESCO, le président du conseil d’administration de la Maison de la Presse de Guinée a dressé un constat sans détour : la presse guinéenne est libre dans son expression, mais fragilisée dans son modèle économique.
Dans son discours de circonstance, le président du Conseil d’administration de la Maison de la Presse et de l’URTELGUI, Aboubacar Camara, a rappelé que cette journée « n’est pas une fête, mais une veille démocratique ». Une référence directe à la Déclaration de Windhoek, qui établit le lien fondamental entre liberté de la presse, démocratie et développement.
Le diagnostic posé est clair : la presse guinéenne traverse une crise structurelle, qui touche ses trois composantes principales.
La presse écrite, d’abord, « étouffe ». Entre hausse du coût du papier, disparition progressive des kiosques et difficultés de distribution, les journaux historiques peinent à survivre. « Le coût de l’impression a triplé en trois ans », a souligné Aboubacar Camara, alertant sur un risque réel de disparition de la mémoire journalistique nationale.
L’audiovisuel, ensuite, vit une situation paradoxale. Radios et télévisions privées ont démocratisé l’accès à l’information depuis les années 2000, mais leur viabilité économique reste fragile. « 90 % de nos radios fonctionnent sans publicité institutionnelle viable », déplore-t-il, évoquant des équipements vétustes et des journalistes souvent rémunérés en dessous du SMIG.
La presse en ligne, enfin, s’impose comme le moteur de l’information aujourd’hui, mais reste exposée à de multiples vulnérabilités : absence de modèle économique stable, pressions liées aux coupures d’internet, montée des discours de haine et défis posés par l’intelligence artificielle. « Elle fait l’opinion, mais demeure fragile », résume le président de l’URTELGUI.
Face à cette situation, la Maison de la Presse formule trois principales recommandations aux autorités.
Première urgence : la construction d’une Maison de la Presse moderne à Koloma, pensée comme un « temple de la démocratie ». Un espace dédié à la formation, à l’innovation et à la protection des journalistes, notamment face aux nouveaux défis technologiques.
Deuxième exigence : la revalorisation de la subvention publique aux médias privés. Actuellement estimée à 3 milliards de francs guinéens par an, elle est jugée largement insuffisante. « Une presse pauvre est une presse vulnérable », a insisté Aboubacar Camara, appelant à un mécanisme transparent encadré par la Haute Autorité de la Communication.
Troisième plaidoyer : le renforcement du service public de l’information, notamment les médias d’État, dont les conditions de travail et les moyens ne sont plus en adéquation avec leurs missions. « Un service public fort est le meilleur rempart contre la désinformation », a-t-il affirmé.
Au-delà des revendications, les professionnels des médias ont pris des engagements. Renforcer l’autorégulation, lutter contre les fake news, respecter les règles d’éthique et de déontologie : autant de principes réaffirmés avec force.
Dans un contexte marqué par l’émergence de l’intelligence artificielle, le président de la Maison de la Presse appelle à une utilisation « intelligente et responsable » de ces outils. « L’IA peut aider à analyser, mais elle ne remplacera jamais le terrain », a-t-il insisté, plaidant pour un journalisme ancré dans la vérification humaine.
Placée sous le thème mondial « Façonner un avenir de paix », cette édition 2026 confère aux médias un rôle central dans la consolidation du vivre-ensemble. « Un journaliste qui vérifie, c’est une balle évitée », a déclaré Aboubacar Camara, illustrant le lien direct entre information fiable et stabilité sociale.
Salambandé