Le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, a donné ce lundi le coup d’envoi d’un ambitieux programme de renforcement des compétences pratiques et numériques au profit de 190 enseignants de sciences. Une initiative qui marque un tournant stratégique dans la transformation du système éducatif guinéen.

Durant huit jours, ces enseignants en mathématiques, physique, chimie et biologie bénéficieront de 3 840 heures de formation intensive. L’objectif affiché est clair : rompre avec une pédagogie dominée par l’abstraction théorique pour promouvoir un enseignement plus actif, expérimental et résolument tourné vers les réalités du monde moderne. « Vous êtes les pionniers d’un changement durable », a lancé le ministre, plaçant ces formateurs au cœur d’une réforme appelée à faire école.

Ce programme s’inscrit dans une dynamique de refondation plus large, alignée sur la vision stratégique nationale « Simandou 2040 », qui ambitionne de faire du capital humain le socle de la transformation économique du pays. Pour l’Inspecteur régional de l’éducation de Conakry, Thiapato Barry, cette initiative dépasse largement le cadre d’une simple formation. Elle constitue une réponse structurelle aux défis d’un système éducatif encore marqué par des approches transmissives, limitant l’esprit critique et les compétences pratiques des apprenants.

Sur le terrain, le constat est en effet sans appel : l’enseignement des sciences en Guinée peine encore à stimuler l’innovation et la créativité. En misant sur une pédagogie expérimentale et interactive, le ministère entend inverser cette tendance et faire émerger une nouvelle génération d’élèves capables de penser, tester et innover.

Pensé comme un projet pilote, ce programme fera l’objet d’une évaluation rigoureuse afin de mesurer son impact réel sur les pratiques pédagogiques et les performances des enseignants. En cas de résultats concluants, il sera progressivement étendu à l’ensemble du territoire national, de Kindia à Kankan, en passant par Boké et N’Zérékoré.

Au-delà de la formation, cette initiative consacre une orientation stratégique forte : replacer les disciplines STEM au cœur du système éducatif guinéen. Dans un pays riche en ressources naturelles, le défi n’est plus seulement de disposer de potentialités, mais de former une masse critique de compétences capables de porter l’industrialisation.

Autre innovation majeure : l’intégration progressive du numérique et de l’intelligence artificielle dans les pratiques pédagogiques. Le ministre a ainsi annoncé le lancement prochain d’un agent conversationnel destiné à accompagner les candidats au baccalauréat, en leur proposant des corrigés types et des alternatives méthodologiques.

Mais pour Alpha Bacar Barry, la clé de cette transformation reste avant tout humaine. « Le potentiel ne fait pas le développement, il l’accélère. Ce qui fait la différence, c’est l’humain », a-t-il insisté, rappelant que toute réforme durable passe nécessairement par des enseignants mieux formés, mieux outillés et pleinement engagés.

Avec cette initiative, le gouvernement guinéen pose ainsi les bases d’une école tournée vers l’avenir, où la science, l’innovation et le numérique deviennent les moteurs d’un développement durable et inclusif.

AAS