La nouvelle loi organique relative au régime des partis politiques et autres organisations à caractère politique continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique guinéenne. Ousmane Dady Camara, président du Rassemblement Guinéen du Travail (RGT), fait partie des voix qui s’élèvent contre ce texte, qu’il juge préjudiciable à la démocratie et contraire à la vision du président de la République, le général Mamadi Doumbouya.

Réagissant au communiqué du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD), qui précise que « tout parti politique n’ayant pas déposé un dossier complet et conforme à l’issue du délai de six mois perdra subséquemment son statut juridique », l’acteur politique estime que cette loi vise davantage à affaiblir les formations politiques qu’à les encadrer.

Adoptée le 21 novembre 2025 par le Conseil national de la transition (CNT), la loi impose aux partis légalement constitués une mise en conformité dans un délai de six mois, allant du 25 novembre 2025 au 25 mai 2026. À cet effet, les formations politiques sont tenues de fournir à la Direction générale des affaires politiques plusieurs documents, notamment : les procès-verbaux des congrès extraordinaires de mise en conformité ;les statuts et règlements intérieurs actualisés ; le quitus fiscal individuel de chaque membre du bureau exécutif national ; les copies des titres de propriété ou des contrats de bail des sièges nationaux et locaux, y compris ceux implantés dans les 33 préfectures du pays.

Une exigence jugée excessive par Ousmane Dady Camara, qui dénonce une loi votée par un CNT « en fin de mission ».

« Cette loi a été votée au mois de novembre par le CNT, un CNT qui est en fin de mission. Dans un ou deux mois, le CNT n’existera plus. Je ne sais pas sur quelle base on demande aux membres des bureaux exécutifs des partis politiques de produire des quitus fiscaux. C’est comme un impôt de captivité. Le parti politique n’est pas une entreprise, il n’a pas vocation à faire des bénéfices. Sur quelle base va-t-on demander à un parti politique de fournir une quittance ? À moins que nous ne revenions à l’époque coloniale, où l’on payait l’impôt par tête », s’est-il interrogé.

Selon lui, cette loi traduit une volonté manifeste de nuire à la jeune démocratie guinéenne.

Le président du RGT critique également l’exigence faite aux partis politiques de disposer de sièges fonctionnels dans l’ensemble des 33 préfectures du pays. « Les partis politiques vivent essentiellement de cotisations, de cartes de membres vendues entre 2 000 et 5 000 francs guinéens, et de dons. Comment peut-on leur demander d’avoir 33 sièges sur toute l’étendue du territoire national ? Comment vont-ils payer les loyers ? Pendant ce temps, on nous impose des formations régulières pour nos militants, sans aucune subvention de l’État depuis plus de 10 à 15 ans », a-t-il rappelé.

Il souligne par ailleurs que sur les 125 partis politiques recensés, entre 86 et 90 avaient soutenu le candidat indépendant Mamadi Doumbouya, lors de la transition.

Pour Ousmane Dady Camara, cette loi s’apparente à une tentative de liquidation pure et simple des formations politiques.

« En votant cette loi organique, est-ce que le président du CNT, Dansa Kourouma, a réellement réfléchi avec les conseillers nationaux ? Ou est-ce volontaire ? Je suis convaincu que le président de la République, Mamadi Doumbouya, ne souhaiterait pas ça. Si vous voulez dissoudre les partis politiques, faites-le clairement par un communiqué. Ce que vous demandez revient pratiquement à une dissolution déguisée », a-t-il martelé.

Tout en appelant le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation à la prudence, le leader politique estime que cette loi va à l’encontre de la politique d’unité, d’inclusivité et de cohésion nationale prônée par le chef de l’État.

Il réaffirme toutefois son soutien au président de la République.

« Notre soutien à Mamadi Doumbouya est inébranlable. Nous l’avons soutenu et nous continuerons à le faire, parce que nous voulons le développement du pays, l’unité, l’inclusivité et la paix. Mais pas à travers des combats personnels menés de façon illégale », a-t-il conclu, ce jeudi 26 février 2026, lors d’un entretien.

Rédaction