La découverte de six corps dans une fosse commune à Forécariah continue de susciter de vives réactions. Vingt organisations de la société civile africaine dénoncent ce qu’elles qualifient de « découverte macabre » et demandent aux autorités guinéennes de faire toute la lumière sur les circonstances de la mort des victimes.
Les corps ont été découverts le 24 août dernier dans le district de Sabakhouré, relevant de la sous-préfecture d’Allassoyah, dans la préfecture de Forécariah. Selon le communiqué rendu public ce dimanche 30 août, les organisations signataires se disent particulièrement préoccupées par les conditions dans lesquelles les dépouilles auraient été retrouvées, notamment avec les yeux et les bouches bandés ainsi que les mains ligotées.
Pour ces organisations, ces éléments nécessitent que toutes les hypothèses soient examinées par la justice, notamment celle d’éventuelles exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Elles réclament ainsi une enquête « indépendante, impartiale et transparente » afin d’établir les responsabilités et les circonstances exactes de ces décès.
Au moins 35 disparitions forcées évoquées
Les signataires établissent également un lien avec d’autres cas documentés ces dernières années. Ils affirment que cette découverte intervient alors que la Coalition Tournons La Page Guinée aurait recensé au moins 35 cas de disparitions forcées depuis le 5 septembre 2021.
Ils rappellent également la découverte de quatre autres corps dans la préfecture de Forécariah en octobre 2025, pour laquelle, selon eux, aucune conclusion d’enquête n’aurait été rendue publique.
Un silence institutionnel que les organisations considèrent comme susceptible d’entretenir l’impunité et de priver les familles des victimes de leur droit à la vérité.
Des autopsies et des tests ADN réclamés
Face à cette situation, les vingt organisations demandent notamment au gouvernement guinéen de rendre compte rapidement de l’enquête en cours, avec l’appui d’experts médico-légaux nationaux et internationaux.
Elles réclament également la réalisation d’autopsies et de tests ADN, ainsi que la communication des résultats aux familles dans les meilleurs délais.
Autre exigence : la mise en place d’une protection effective pour les témoins, les familles des victimes et les défenseurs des droits humains impliqués dans la documentation de ces affaires.
Vers une implication des institutions africaines
Le communiqué indique par ailleurs que la Coalition Tournons La Page Guinée a saisi, le 27 août, plusieurs partenaires et institutions internationales, notamment le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les ambassades de France et des États-Unis, la Délégation de l’Union européenne, ainsi que plusieurs organisations internationales de défense des droits humains.
Les organisations signataires annoncent désormais vouloir saisir conjointement le président en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Elles souhaitent obtenir une mission urgente d’établissement des faits par la CEDEAO et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, en appui aux autorités judiciaires guinéennes.
Dans leur déclaration, les organisations appellent également la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine ainsi que les partenaires de la Guinée à se mobiliser afin que cette affaire fasse toute la lumière.
« Plus de fosses communes, plus de disparus sans nom, plus d’impunité », martèlent-elles, estimant que le silence autour de ces affaires constituerait une nouvelle atteinte aux droits des victimes et de leurs familles.
AAS




