La récente vidéo, devenue virale, dans laquelle on aperçoit une lycéenne tenir tête à son professeur dans une école privée de la capitale, Conakry, offre un spectacle désolant, met à nu le véritable problème du système d’enseignement dans un pays où l’éducation est en passe de voler en éclats, au point d’irriter la colère du porte-parole des enseignants du pays.

Dans un contexte où l’enseignant a perdu son autorité et sa personnalité, Mohamed Frank Bangoura estime que l’école est devenue un théâtre absurde où le professeur doit: « enseigner, subir, encaisser, sourire, se taire et surtout mourir en silence sous les applaudissements des réseaux sociaux », a-t-il déploré.

En retraçant cette scène d’humiliation, ce professeur de mathématiques ne cache pas sa déception : « Une élève insulte son enseignant. Pas une simple insolence passagère. Non. Une insolence devenue sport national. On défie le professeur comme on défie un adversaire politique. On le provoque devant la classe. On le ridiculise. On le traite avec moins de respect qu’un influenceur sans diplôme en direct sur TikTok. Le professeur finit par perdre son sang-froid. Il réagit physiquement. Erreur. Faute. Dérapage condamnable.

Mais alors commence le carnaval des hypocrites professionnels. Un élève filme la scène parce qu’aujourd’hui, dans certaines écoles, les téléphones servent moins à apprendre qu’à fabriquer des procès médiatiques. Et immédiatement, les procureurs Facebook, les juges WhatsApp et les magistrats TikTok entrent en scène avec leur spécialité favorite : condamner sans réfléchir. Le professeur devient un monstre national. On découpe la vidéo. On efface les insultes. On supprime les humiliations. On cache les provocations. On oublie l’indiscipline. Bref, on maquille le crime moral initial pour fabriquer un méchant officiel. La société moderne adore ça : transformer les conséquences en scandales et les causes en détails secondaires.

On interdit au professeur de corriger sévèrement. On lui interdit d’élever la voix. On lui interdit de sanctionner. On lui interdit presque de regarder un élève de travers. Mais ensuite, on exige de lui des résultats excellents, une classe disciplinée et une jeunesse brillante.

Magnifique schizophrénie collective. L’école devient un zoo pédagogique où l’enseignant doit dompter l’indiscipline avec des poèmes, gérer l’insolence avec de la méditation et répondre aux insultes avec des ateliers de respiration », a-t-il indiqué.

Pendant ce temps, poursuit-il, les parents défendent aveuglément leurs enfants ;
Les réseaux sociaux célèbrent l’insubordination. Et malheureusement
les autorités ne découvrent l’école que lorsqu’une vidéo devient virale.

Pis, ceux qui insultent les enseignants aujourd’hui seront, demain, les mêmes qui pleureront le niveau catastrophique des élèves, l’effondrement scolaire et l’absence d’autorité dans le pays.

« On veut une école performante avec des professeurs neutralisés. On veut des élèves disciplinés sans discipline. On veut l’excellence sans effort. On veut l’autorité sans autorité. C’est comme vouloir résoudre une équation sans inconnue : 2 + 2 = 5.
Et dans cette immense comédie sociale, le téléphone portable est devenu plus puissant que le tableau noir, TikTok plus écouté que le professeur, et le buzz plus important que la vérité.

Bienvenue dans l’époque où une vidéo de 20 secondes vaut plus qu’une année entière passée à enseigner dans des classes surchargées, sous-payées et méprisées. L’école ne s’effondre pas seulement à cause du manque de moyens. Elle s’effondre surtout parce qu’une société entière a décidé de retirer au professeur ce qui faisait sa force essentielle : le respect », a-t-il martelé.

Mohamed Frank Bangoura Porte-parole des enseignants de Guinée