L’histoire et les traditions de la Guinée continuent de susciter de nombreux débats autour de leurs origines et de leurs significations. Dans une contribution riche en références historiques et culturelles, Aboubacar Camara, consultant en communication et promoteur des langues nationales, revient sur les notions de Kania, Soly et Mamaya, qu’il présente comme des éléments majeurs du patrimoine du grand Sosso.
Kania et Kindia : deux réalités distinctes
Selon l’auteur, une confusion persiste souvent entre Kania et Kindia. Il rappelle que Kania était un royaume, tandis que Kindia est aujourd’hui une préfecture.
Le nom Kania proviendrait du prénom de l’épouse de Manga Frigui Camara, considéré comme le fondateur du royaume de Kania et à l’origine du nom Friguiagbé. Kindia constituait alors le chef-lieu de Wantan-ba Kiri, l’une des quatre provinces du royaume. Les trois autres provinces étaient Magnéria Kiri, Kéléssi Kiri et Samoun Kiri.
Cette version s’appuie notamment sur les travaux d’Abdoulaye Salim Camara dans son ouvrage consacré à l’histoire du royaume de Kania.
Soly : une signification liée au mouvement et à la croissance
D’après Aboubacar Camara, le mot Soly ou Soli trouve son origine dans deux termes djallonké (sosso ou soussou).
Le mot « So » renvoie à l’idée de venir, entrer, arriver ou quitter un point pour un autre. Quant à « Li », il évoque l’arrivée ou le fait de parvenir à destination. Dans son sens littéral, Soly désignerait ainsi le passage d’un point à un autre ou encore le fait de pousser, comme une graine qui sort de terre après avoir été semée.
L’auteur rejette l’interprétation selon laquelle Soly dériverait de « Sori », qui signifie « se réveiller tôt » ou « être matinal », estimant qu’il s’agit d’une confusion linguistique.
Une danse de compétition et de conquête
Au-delà de sa dimension culturelle, le Soly est présenté comme une pratique sociale et compétitive.
Selon cette tradition, les compétitions de lutte permettaient de départager deux prétendants à une fonction ou à une responsabilité. Le vainqueur obtenait le poste convoité. Dans certains cas, ces confrontations servaient également à départager des prétendants à une union matrimoniale.
L’auteur affirme également que les rois et chefs de l’époque pouvaient offrir leurs filles en mariage aux vainqueurs, convaincus que les enfants issus de ces unions hériteraient d’une grande force physique et intellectuelle.
Mamaya : la célébration des femmes et des aînées
À la différence du Soly, essentiellement associé aux hommes, la Mamaya était traditionnellement une danse réservée aux femmes, particulièrement aux grand-mères.
Selon l’explication proposée, le terme Mamaya serait formé des mots « Mama », qui signifie grand-mère, et « Ya », qui renvoie à l’existence ou à l’être. Mamaya exprimerait ainsi la joie d’avoir une grand-mère ou celle d’accéder au statut de grand-mère.
Les cannes utilisées lors de certaines cérémonies symbolisaient d’ailleurs les personnes âgées, notamment celles qui éprouvaient des difficultés à se déplacer.
Comment la Mamaya est-elle arrivée à Kankan ?
Aboubacar Camara avance que la danse Mamaya aurait été introduite à Kankan par des Chérifs commerçants venus notamment échanger des produits tels que la cola, le sel, les pagnes Kendyli et le bazin.
Il souligne l’existence de quartiers portant le nom de Chérifoula à la fois à Kindia et à Kankan, estimant que cette présence témoigne de liens historiques entre les deux localités. Selon certaines sources, l’appropriation de cette danse aurait été facilitée par Bandian Sidibé, également connu sous le nom de Sidimé.
L’auteur ajoute que le chemin de fer colonial aurait favorisé les échanges et la diffusion de cette pratique culturelle entre différentes régions.
Soly et Faranah : une origine souvent débattue
Pour expliquer pourquoi certains attribuent l’origine du Soly à Faranah, l’auteur rappelle que cette région est historiquement liée aux Djallonka et que des formes de cette danse y sont toujours pratiquées.
Il soutient par ailleurs qu’il n’existe pas de distinction fondamentale entre les Soussou et les Djallonka, qu’il présente comme appartenant à une même continuité historique et culturelle.
Une culture parfois qualifiée de mandingue
Aboubacar Camara conteste également l’idée selon laquelle le Soly serait exclusivement une culture mandingue.
Selon lui, les Djallonka constituent avant tout une composante du monde Sosso. Il estime que certaines confusions trouvent leur origine dans les classifications linguistiques et historiques introduites durant la période coloniale.
L’auteur cite notamment Maurice Delafosse, qui popularisa au début du XXe siècle l’expression « langues mandé », une catégorisation qui, selon lui, a contribué à de nombreuses interprétations encore débattues aujourd’hui.
Préserver l’histoire pour renforcer la cohésion sociale
À travers cette réflexion, Aboubacar Camara plaide pour une meilleure connaissance des réalités historiques et culturelles afin de favoriser la compréhension mutuelle entre les différentes composantes de la société guinéenne.
Comme le rappelle l’historien Bôkhi Kandet, cité dans le texte : « L’histoire sert à éclairer le présent. De cette manière, je donne les détails sur ce qu’a été le passé afin de recréer le tissu social entre nous. »
Aboubacar Camara , Consultant en communication digital et marketing, free-lance, Promoteur des langues nationales




