Ce dimanche 24 mai 2026, le Complexe Scolaire Universitaire Nelson Mandela de Matoto a vibré au rythme de la formation aux premiers secours. Initiée par l’ONG True Health Services and Education, « La Grande Caravane Nationale de Secourisme en Milieu Scolaire, Universitaire et Communautaire » dénommée « Jeune Héros » a rassemblé plus d’une centaine de participants dont majoritairement des femmes et filles. Objectif affiché : armer les citoyens et les futurs professionnels de santé contre la mortalité évitable avant l’arrivée à l’hôpital.

Le constat de départ est alarmant. Selon le Dr Patrice Loua, médecin et président de l’ONG, les hôpitaux guinéens font face à un afflux massif de « dépôts de corps » (personnes décédées avant leur admission). Une situation tragique souvent liée à la mauvaise manipulation des victimes ou au manque de réflexes de secours au sein des communautés.

« Aujourd’hui, lorsqu’un accident ou une crise survient, la communauté a tendance à penser à l’hôpital comme l’unique solution immédiate. Les victimes sont transportées à la hâte, subissent les embouteillages, et arrivent trop tard. Nous voulons renforcer la capacité de la base pour que les citoyens connaissent les signes et pratiquent les gestes nécessaires avant l’arrivée des spécialistes. »

Pour inverser cette tendance, l’ONG mise sur une pédagogie offensive : 75% de pratique pour seulement 25% de théorie. Cette 10ème session de formation a permis d’aborder des modules cruciaux comme le transport des patients, la libération des voies aériennes, la gestion des incendies à domicile, mais aussi la réanimation cardio-respiratoire. Pour les professionnels de santé, un volet avancé (Advanced Cardio Life Support) a été dispensé, structurant les interventions d’urgence autour d’un véritable « chef d’orchestre » et d’un gestionnaire du temps (time keeper).

Dans les rangs des apprenants, l’enthousiasme est palpable. Fatoumata Camara, étudiante et future neurochirurgienne, témoigne de l’impact direct de cette journée sur son parcours

« Voir le rôle des brancardiers m’a beaucoup appris, notamment pour mes futurs stages. C’est aussi aujourd’hui que j’ai réellement compris et pratiqué le massage cardiaque. Désormais, si je suis face à une personne évanouie, je sais qu’il faut d’abord vérifier l’état de conscience et le pouls carotidien. Chez l’enfant, s’il y’a un seul sauveteurs il faut faire 30 compressions et deux insufflations en revanche dès qu’il y’a deux sauveteurs il faut faire 15 compressions pour deux 2 insufflations. »

Présent lors de l’événement, Amadou Soumah, coordinateur des écoles de santé du complexe Nelson Mandela, a salué cette initiative salvatrice tout en interpellant les autorités publiques, notamment le ministère de la Santé. « En Guinée, les bonnes initiatives ne manquent pas, mais leur mise en œuvre est souvent difficile, a souligné M. Soumah. Les autorités doivent encourager et vulgariser ce genre de programme dans toutes nos écoles, instituts et universités. Cela contribuera concrètement à faire baisser le taux de mortalité, notamment lié aux crises cardiaques ou arrêt cardiaque,. »

 

Amadou Soumah a également rappelé le devoir de restitution qui incombe aux participants « Il ne s’agit pas de venir juste observer. Ces étudiants doivent maintenant devenir des ambassadeurs et transmettre ce savoir à leurs camarades et dans leurs quartiers. »

L’ONG True Health Services and Education ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. L’ambition est nationale. De Conakry jusqu’à Yomou, l’organisation souhaite atteindre les zones les plus reculées du pays, là où les structures sanitaires se trouvent parfois à des kilomètres.
Pour démultiplier son impact et rapprocher les soins de la population, l’ONG a annoncé la finalisation d’une application mobile baptisée KappaMet. Un outil technologique innovant qui promet de faire une réelle différence dans le paysage de la santé publique en Guinée.

« On n’a pas besoin d’être médecin pour sauver une vie, mais ce sont des gestes qui font toute la différence », a conclu le Dr Loua, déterminé à faire du secourisme un réflexe universel en Guinée.

Tcherno le Top Diallo