Le gouvernement guinéen franchit un cap décisif dans la réforme de son système éducatif. Le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, a procédé ce mercredi au lancement officiel du processus d’élaboration de la carte scolaire nationale.

Cette initiative d’envergure vise à recenser et géolocaliser l’ensemble des établissements scolaires du pays estimés à plus de 6 250 afin d’améliorer la planification, la répartition des ressources et la gouvernance du secteur éducatif. Le projet est mis en œuvre avec l’appui technique de l’Institut national de la statistique (INS) et s’inscrit dans une dynamique de modernisation fondée sur l’usage du numérique et des données fiables. La cérémonie a été présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, en présence de plusieurs membres de l’exécutif.
Une réforme structurante portée par la rigueur des données
Dans son intervention, le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a tenu à clarifier le rôle des différents acteurs impliqués. Selon lui, la carte scolaire est avant tout « un projet pensé et piloté par le ministère de l’Éducation », tandis que son département agit comme un partenaire technique garant de la qualité et de la cohérence du processus.

Il a rappelé les difficultés structurelles auxquelles le système éducatif guinéen est confronté : pression sur les infrastructures, affectation déséquilibrée des enseignants et implantation parfois incohérente des écoles.
Pour y remédier, la carte scolaire se présente comme une réponse stratégique majeure. « Une carte scolaire n’a de valeur que par la qualité des données qui la fondent », a-t-il insisté, soulignant le rôle déterminant de l’INS dans la collecte, la validation scientifique et la modélisation des données.
Au-delà d’un simple outil descriptif, il a précisé que cette carte constituera « un référentiel national unique », permettant d’anticiper les besoins, d’orienter les investissements et de renforcer l’équité territoriale.
Un outil pour corriger les incohérences du système éducatif
De son côté, le ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, Alpha Bacar Barry, a dressé un diagnostic sans concession de la situation actuelle.
Il a notamment dénoncé des cas d’écoles construites mais laissées à l’abandon, parfois occupées par des animaux, illustrant un manque criant de planification. « Nous avons un sérieux problème d’effectifs et d’organisation », a-t-il déclaré.

Pour lui, la carte scolaire représente un véritable instrument de souveraineté et de pilotage. Elle permettra non seulement de mieux répartir les infrastructures et les enseignants, mais aussi de suivre les investissements, notamment dans les manuels scolaires, dont près de 30 millions d’euros ont été mobilisés.
Le ministre a également mis en avant une méthodologie innovante ayant permis de gagner près de neuf mois dans la mise en œuvre du projet, grâce à un travail simultané entre experts techniques, consultants, équipes ministérielles et partenaires digitaux.
Autre enjeu majeur : réduire les disparités territoriales et améliorer l’accès à l’éducation, en particulier pour les filles en zones rurales. À terme, l’ambition affichée est claire : aller vers « zéro école en hangar » d’ici 2030.
Vers une gouvernance publique modernisée
Clôturant la cérémonie, le Premier ministre a inscrit cette initiative dans la vision globale de refondation de l’État. Il a souligné qu’un système de gouvernance efficace repose avant tout sur des outils fiables de planification.
« Un État qui ne dispose pas d’instruments cohérents de pilotage ne peut pas être efficace », a-t-il affirmé, pointant les conséquences passées d’une mauvaise organisation : inégalités territoriales, déperdition des ressources et insatisfaction des populations.
Pour le chef du gouvernement, la carte scolaire constitue une première étape essentielle, qui ouvrira la voie à d’autres réformes structurantes, notamment l’élaboration d’une carte sanitaire nationale.
Il a également insisté sur la nécessité d’un système d’identification fiable des à travers le Programme national de recensement administratif à vocation d’état civil, afin d’assurer un suivi efficace des élèves et des enseignants.
Enfin, il a salué la synergie entre les ministères et les gains réalisés en termes de temps et de ressources, rappelant que « neuf mois gagnés, c’est presque une année budgétaire économisée ».
Un levier stratégique pour le développement du capital humain
À travers ce projet, la Guinée affiche clairement son ambition : bâtir un système éducatif plus équitable, performant et adapté aux réalités du terrain.
Adossée au programme de développement Simandou 2040, cette réforme place le capital humain au cœur de la transformation nationale. Car, comme l’ont unanimement souligné les intervenants, il ne peut y avoir de développement durable sans une éducation bien planifiée, inclusive et fondée sur des données fiables.
Le défi est désormais de taille : collecter des données exhaustives, assurer leur mise à jour continue et surtout, intégrer cet outil dans toutes les décisions publiques. Une chose est sûre : avec le lancement de la carte scolaire, la Guinée amorce un tournant décisif vers une gouvernance éducative moderne et efficace.
AAS




