Conakry accueille depuis ce matin un forum national stratégique consacré à la biodiversité, marqué par le lancement officiel du cadre de concertation pour la mise en place du futur réseau guinéen des aires protégées (REGAP). Une initiative majeure portée par les autorités, avec en ligne de mire une gestion durable du capital naturel du pays.
Présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, Amadou Oury Bah, la rencontre a mobilisé plusieurs membres du gouvernement, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des acteurs de la société civile et du secteur privé. Objectif : engager une dynamique inclusive pour renforcer la protection des espaces naturels face aux pressions croissantes liées au développement économique.
Une biodiversité exceptionnelle à préserver
Dans son intervention, le Directeur général de l’Agence guinéenne d’évaluation environnementale, Saidou Cissé, a rappelé la richesse écologique unique du pays.
Selon lui, la Guinée abrite des espèces animales et végétales endémiques, dont certaines avaient même été considérées comme disparues avant d’être redécouvertes sur le territoire national. Une preuve, dit-il, du rôle stratégique du pays dans la conservation de la biodiversité à l’échelle mondiale.
Il a également insisté sur le rôle clé de son institution dans l’encadrement des projets de développement. « Chaque projet est soumis à une étude d’impact environnemental et social visant à garantir la réduction des effets négatifs sur la biodiversité et les communautés », a-t-il expliqué, soulignant un suivi rigoureux pour assurer des mesures adoptées.

Vers un réseau couvrant 28 % du territoire national
Prenant la parole, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Djami Diallo, a posé les jalons d’une réforme ambitieuse.
Le futur réseau guinéen des aires protégées (REGAP), composé de 18 sites identifiés, vise à faire passer la couverture nationale des zones protégées de 15 % à 28 % d’ici 2030, en cohérence avec les objectifs internationaux issus du cadre mondial de Kunming-Montréal.
« Chaque hectare protégé est une dette honorée envers les générations futures », a-t-elle déclaré.
La ministre a également mis en avant plusieurs avancées majeures :
- l’élaboration du tout premier code des aires protégées en Guinée ;
- la mise en place d’une stratégie nationale de conservation ;
- le renforcement des capacités avec plus de 600 agents formés ;
- le déploiement de moyens logistiques modernes, dont véhicules et drones pour la surveillance.
Elle a insisté sur une approche participative, plaçant les communautés locales au cœur du processus décisionnel, avec déjà des activités génératrices de revenus bénéficiant à plus de 1 200 personnes, majoritairement des femmes.

Trouver l’équilibre entre développement et conservation
Dans son discours d’ouverture, Amadou Oury Bah a rappelé l’orientation stratégique du gouvernement, alignée sur la vision du président Mamadi Doumbouya.
« La terre ne nous appartient pas, nous en sommes les dépositaires », a-t-il affirmé, appelant à concilier transformation économique et préservation de l’environnement.
Le chef du gouvernement a mis en avant l’importance écologique de la Guinée en Afrique de l’Ouest, notamment en tant que château d’eau de la sous-région, avec plusieurs grands fleuves prenant leur source sur son territoire.
Il a également souligné les enjeux liés au projet minier Simandou, insistant sur la nécessité d’intégrer des mécanismes de compensation des pertes de biodiversité.
Autre ambition affichée : l’inscription du massif du Fouta Djallon au patrimoine mondial de l’UNESCO, un projet qui exige un renforcement des mesures de protection environnementale.

Un appel à la mobilisation collective
Au cœur de ce forum, les cadres de concertation apparaissent comme un outil clé pour construire une gouvernance partagée des aires protégées. Les autorités appellent à une implication de tous : État, collectivités, secteur privé et populations.
L’enjeu est de taille : faire des aires protégées non pas des espaces figés, mais de véritables territoires de développement durable, capables de générer des opportunités économiques tout en préservant les écosystèmes.
Avec ce forum, la Guinée amorce ainsi une étape décisive dans la structuration de sa politique environnementale, avec l’ambition de devenir un modèle régional en matière de conservation de la biodiversité.
AAS




