Dans la commune urbaine de Kindia, les mentalités évoluent progressivement. Jadis considérés comme l’apanage des hommes, certains métiers techniques attirent aujourd’hui un nombre croissant de jeunes filles. La mécanique en fait partie. Dans cet univers exigeant, deux jeunes femmes ont choisi de s’imposer, au prix de nombreux sacrifices.

Dans un garage du quartier Filigbé, sous une chaleur accablante et au milieu du vacarme des moteurs, Fatoumata Binta Diallo et Zeïnab Diallo travaillent sans relâche. Les mains noircies par le cambouis, elles démontent, réparent et remontent des pièces mécaniques avec assurance. Leur présence dans cet environnement largement masculin suscite à la fois admiration et curiosité.

Mais leur parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. Dès leurs débuts, elles ont été confrontées aux préjugés sociaux.

À 25 ans, Fatoumata Binta Diallo revient sur son choix de vie, quatre ans après avoir intégré le garage .

« J’ai quitté l’école en 2019 alors que j’étais en sixième année. J’ai décidé de me lancer dans la mécanique automobile, notamment les poids lourds. C’est une passion que j’ai depuis l’enfance. Ce métier me permet aujourd’hui de subvenir à mes besoins et d’aider ma famille. »

De son côté, Zeïnab Diallo évoque les critiques et les obstacles rencontrés, tout en lançant un message fort aux jeunes filles .

« On nous disait que ce métier n’est pas fait pour les femmes. Pourtant, c’est une passion pour moi depuis toute petite. J’encourage les jeunes filles à se battre et à apprendre un métier. Le monde d’aujourd’hui exige de l’autonomie. »

Au-delà des préjugés, les difficultés matérielles compliquent également leur quotidien. Le manque d’équipements adaptés, l’accès limité à des formations spécialisées et l’absence de soutien financier constituent autant de freins à leur évolution.

« Au début, certains clients refusaient même que nous touchions à leurs véhicules, simplement parce que nous sommes des femmes », confie Zeïnab, 18 ans, résidente du quartier Sarakoleya. Une situation qui impacte à la fois leur confiance et leurs revenus.

Malgré ces défis, leur détermination reste intacte. Pour elles, la mécanique est bien plus qu’un métier : c’est un symbole d’indépendance et une preuve que les femmes ont leur place dans tous les domaines.

Dans une société en pleine mutation, ces deux jeunes mécaniciennes incarnent le courage et la persévérance. Leur parcours souligne l’importance de renforcer l’accompagnement des femmes dans les métiers techniques, afin de promouvoir l’égalité des chances et de valoriser pleinement le potentiel féminin.

Moussa Kollet pour Eclatinfogn.com