Le paiement effectif des droits d’auteur pour l’exercice 2025 entre dans une nouvelle phase en Guinée. En conférence de presse, ce vendredi, 10 avril 2026, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a officialisé un montant global de 13,6 milliards de francs guinéens collectés par le Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), destiné à être redistribué aux ayants droit.
« Je suis heureux de vous annoncer que pour le compte de l’exercice 2025, le Bureau Guinéen du Droit d’Auteur a collecté un montant global de TREIZE MILLIARDS SIX CENT TRENTE-NEUF MILLIONS TROIS CENT QUARANTE ET UN MILLE CENT QUATRE-VINGT-SEIZE DE FRANCS GUINEENS (13 639 341 196 GNF), prêt à être réparti entre les ayants droit », a déclaré le ministre, mettant en avant « le caractère historique de cette répartition ».
Sept nouvelles catégories de droits payées pour la première fois
Au-delà des droits déjà connus, notamment ceux issus des médias publics et des pré-écoutes téléphoniques, sept nouvelles catégories feront l’objet de paiements. Une avancée présentée comme inédite dans le pays.
« C’est un événement sans précédent dans l’histoire de la gestion collective des droits d’auteur dans notre pays », a insisté Moussa Moïse Sylla, saluant « l’ensemble de l’équipe du BGDA, sous la conduite de son Directeur Général ».
Dans le détail, les montants à répartir couvrent notamment les droits de copie privée (plus de 5,8 milliards GNF), les droits des médias d’État (2,89 milliards GNF), ceux liés aux tonalités d’attente (1,93 milliard GNF) ou encore la communication au public (1,13 milliard GNF).
Un calendrier de paiement étalé sur 2026
La redistribution se fera progressivement entre avril et décembre 2026. Le lancement est prévu le 13 avril avec les droits issus des médias publics, avant d’enchaîner avec les revenus du catalogue Syliphone et ceux de la copie privée dès le mois de mai.
Le ministre a précisé que chaque paiement reposera sur des données d’exploitation vérifiées :
« Chaque ayant droit recevra sa part en fonction de l’exploitation réelle de ses œuvres. C’est là le gage d’une justice et d’une transparence que nous devons à nos créateurs. »
Le dossier Syliphone, symbole d’un « acte de justice »
L’un des points centraux de cette communication concerne le catalogue Syliphone, patrimoine musical majeur de la Guinée. Longtemps exploité sans retombées financières pour les créateurs, ce dossier connaît une évolution notable.
« Depuis la signature de la convention entre l’Etat guinéen et Syllart production en 2010, les artistes […] n’ont jamais perçu le moindre franc », a rappelé le ministre, évoquant « de graves manquements dans l’exécution de la convention ».
Après négociations, un montant de 108 000 euros a été recouvré au titre des redevances en souffrance. Une mission en France est annoncée pour renforcer ce processus et garantir une gestion « transparente, équitable et souveraine » du catalogue.
« Ce paiement constitue un acte de justice et de reconnaissance envers ces pionniers de la musique guinéenne », a souligné Moussa Moïse Sylla.
Digitalisation et transparence dans la gestion
Le BGDA s’inscrit également dans une dynamique de modernisation avec la mise en place d’outils numériques. Un site web institutionnel et des applications dédiées doivent permettre un meilleur suivi des droits et un accès facilité pour les sociétaires.
Un appel direct aux usagers
Dans un ton à la fois pédagogique et ferme, le ministre s’est adressé aux utilisateurs d’œuvres culturelles, appelant au respect des obligations de paiement.
« Alors, je vous le demande […] : payez vos redevances. Pas par charité […] Mais parce que c’est la condition d’un cercle vertueux », a-t-il lancé, rappelant qu’« un créateur qui ne vit pas de son art, finit par déposer son stylo, éteindre sa caméra ou ranger sa guitare ».
Des faiblesses dans certaines catégories de perception
Le constat est toutefois nuancé par des insuffisances relevées dans certaines lignes de perception. Les droits liés aux séances occasionnelles et aux médias privés affichent des niveaux jugés « anormaux ».
« Ces montants […] sont manifestement anormaux, pour ne pas dire insignifiants », a déploré le ministre, évoquant des « sous-déclarations volontaires » ou des défaillances internes.
Face à cette situation, des instructions ont été données pour renforcer les contrôles et les mécanismes de recouvrement. « Je ne tolérerai pas que quelques opérateurs privent nos créateurs des ressources qui leur sont légitimement dues », a-t-il affirmé.
Une ambition affichée pour la sous-région
Au-delà de l’exercice en cours, les autorités entendent faire de la Guinée un modèle en matière de gestion des droits d’auteur en Afrique de l’Ouest.
« Ces avancées ne sont que le début d’une ambition plus large », a conclu Moussa Moïse Sylla, appelant à la mobilisation de l’ensemble des acteurs pour consolider cette dynamique.
En filigrane de cette annonce, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre pour la reconnaissance du travail des créateurs en Guinée. Entre premières historiques, régularisation de dossiers anciens et volonté affichée de renforcer les mécanismes de contrôle, les autorités entendent installer durablement une culture du droit d’auteur. Reste désormais à traduire ces engagements dans la durée, pour que la rémunération des œuvres devienne une norme partagée par tous les acteurs du secteur culturel.
AOD




