La Guinée perd l’une de ses personnalités politiques les plus connues des dernières décennies. Sidya Touré est décédé vendredi 25 septembre 2026, à l’âge de 81 ans. Il s’est éteint à Paris, où il était hospitalisé depuis plusieurs jours, apprend-on.

Avant de devenir l’un des visages de l’opposition guinéenne, Sidya Touré avait connu une longue carrière dans l’administration et les milieux économiques. Une partie importante de son parcours professionnel s’est déroulée en Côte d’Ivoire, où il a notamment travaillé auprès d’Alassane Ouattara lorsqu’il était Premier ministre.

L’entrée au gouvernement sous Lansana Conté

C’est en 1996 que son parcours prend une nouvelle dimension en Guinée. Le président Lansana Conté le nomme Premier ministre le 9 juillet de cette année. Sidya Touré devient ainsi le premier titulaire de la Primature après plusieurs années d’interruption de cette fonction.

Il reste à la tête du gouvernement jusqu’au 8 mars 1999. Son passage à la Primature intervient dans une période marquée par des difficultés économiques et financières et par des tensions politiques et sociales.

Son action gouvernementale est notamment associée à des réformes administratives et économiques ainsi qu’à des initiatives dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. Son gouvernement travaille également sur les relations de la Guinée avec les institutions financières internationales.

Une deuxième carrière, cette fois dans l’opposition

Après son départ de la Primature, Sidya Touré se tourne vers la politique partisane. Il prend la tête de l’Union des forces républicaines (UFR) en 2000 et devient progressivement l’un des responsables les plus en vue de l’opposition.

Cette nouvelle étape l’amène à participer aux principaux rendez-vous électoraux du pays. En 2010, il se présente à l’élection présidentielle et termine troisième au premier tour avec 13,62 % des suffrages. Il est de nouveau candidat en 2015.

Mais son parcours politique ne se résume pas aux échéances électorales. Sidya Touré s’est également retrouvé au premier plan lors de plusieurs crises qui ont marqué la Guinée.

Le 28 septembre 2009, une blessure qui marque son parcours

Parmi ces épisodes figure la manifestation du 28 septembre 2009. Sidya Touré fait alors partie des responsables de l’opposition mobilisés contre une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle.

La manifestation organisée au stade du 28-Septembre est violemment réprimée. Sidya Touré fait partie des responsables politiques blessés au cours des événements.

Cette journée devient l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique récente de la Guinée et reste associée à son parcours d’opposant.

Une parenthèse au sein du pouvoir

Après plusieurs années passées dans l’opposition, Sidya Touré rejoint temporairement le camp présidentiel sous Alpha Condé. En 2016, il est nommé Haut représentant du chef de l’État.

Il quitte cette fonction en 2018 et retrouve ensuite une position critique vis-à-vis du pouvoir. Son parcours illustre ainsi les différentes positions qu’il aura occupées dans le paysage politique guinéen, de la responsabilité gouvernementale à l’opposition, avant cette parenthèse institutionnelle.

Les dernières années hors de Guinée

Le changement de régime du 5 septembre 2021 marque une nouvelle rupture dans son parcours. Après la prise du pouvoir par les militaires, Sidya Touré quitte la Guinée et s’installe en Côte d’Ivoire. Il continue toutefois à suivre l’évolution politique du pays et à s’exprimer sur les affaires nationales.

L’UFR, qu’il avait dirigée pendant plus de deux décennies, figure parmi les formations politiques dissoutes par les autorités en mars 2026. Quelques mois plus tard, Sidya Touré disparaît à Paris. Il avait 81 ans.

Son parcours aura ainsi traversé plusieurs périodes de la Guinée contemporaine. Administrateur et cadre en Côte d’Ivoire, Premier ministre sous Lansana Conté, candidat à la présidentielle, chef de parti, opposant puis Haut représentant d’Alpha Condé, Sidya Touré aura occupé différentes positions au fil des changements politiques du pays.

Sa disparition referme une longue séquence de sa vie politique guinéenne, commencée au sommet de l’État dans les années 1990 et poursuivie pendant plusieurs décennies dans les rangs de l’opposition.

AOD