Conakry, 9 septembre 2026 – La République de Guinée franchit une nouvelle étape dans la définition de sa stratégie diplomatique. Le gouvernement a procédé au lancement officiel du document de politique étrangère de la Guinée, présenté comme un cadre de référence destiné à repositionner le pays sur la scène internationale et à mieux défendre ses intérêts nationaux.

Présent à cette cérémonie, le Premier ministre Bah Oury a souligné l’importance de ce document dans le processus de refondation engagé sous l’autorité du président de la République, le général Mamadi Doumbouya.

Selon le chef du gouvernement, une Guinée en pleine transformation doit désormais « parler au monde avec clarté », en connaissant ses intérêts, en assumant ses choix et en organisant ses partenariats autour d’une vision nationale.

Une diplomatie axée sur les intérêts nationaux

Dans un contexte international marqué par la recomposition des rapports de puissance et la compétition autour des ressources naturelles, de l’énergie, des technologies et des routes commerciales, la Guinée entend adopter une posture davantage orientée vers la défense de ses intérêts.

La nouvelle doctrine diplomatique s’appuie notamment sur le principe de « neutralité stratégique », présenté comme une nouvelle formulation de l’exigence historique d’indépendance et de souveraineté portée par la Guinée depuis 1958.

Cette politique étrangère devra, selon Bah Oury, permettre de défendre la souveraineté de l’État, renforcer l’influence de la Guinée, promouvoir la paix et l’intégration africaine, mais aussi protéger les ressortissants guinéens établis à l’étranger et contribuer à la transformation économique du pays.

Le gouvernement ambitionne ainsi de faire de la diplomatie guinéenne une « diplomatie de résultats ». Les ambassades sont appelées à jouer un rôle accru dans la négociation, la mobilisation des investissements, la coopération économique et la promotion des intérêts nationaux.

Des partenariats évalués selon leurs retombées

Désormais, les partenariats internationaux devront être appréciés à partir de leurs retombées concrètes pour la Guinée. Le gouvernement met notamment l’accent sur les investissements productifs, la création d’emplois, les infrastructures, le transfert de compétences et de technologies, ainsi que l’accès aux marchés.

Cette orientation s’inscrit également dans la vision Simandou 2040, qui vise à transformer les ressources du pays en capacités productives, en infrastructures durables et en prospérité partagée.

Un panafricanisme axé sur la coopération

Sur le plan régional, Conakry réaffirme son attachement à l’intégration africaine. La nouvelle politique étrangère entend promouvoir un panafricanisme de responsabilité, fondé notamment sur le bon voisinage, la sécurité collective, les corridors économiques, la coopération énergétique et la gestion concertée des frontières.

« L’Afrique est notre famille, le monde est notre horizon », a déclaré Bah Oury, résumant ainsi l’ambition de la Guinée de renforcer ses relations avec ses voisins tout en développant des partenariats à l’échelle internationale.

La diaspora au cœur de la politique étrangère

Autre priorité affichée : les Guinéennes et les Guinéens établis à l’étranger. Le gouvernement souhaite renforcer leur protection et leur accompagnement à travers les missions diplomatiques et consulaires, tout en les associant davantage au développement national.

À l’issue de la cérémonie, Bah Oury a appelé le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger à traduire cette politique en plan d’action opérationnel, assorti de priorités, de responsabilités, d’indicateurs et d’un mécanisme de suivi.

Le Premier ministre a également invité les différents départements ministériels à inscrire leurs actions internationales dans un cadre commun afin de garantir davantage de cohérence dans la parole et l’action diplomatiques de la Guinée.

Avec ce nouveau document, le gouvernement entend donc faire de la politique étrangère un levier de souveraineté, d’influence et de développement économique.

Une ambition résumée par Bah Oury en une formule : « La dignité de 1958 doit s’accomplir dans la prospérité de 2040. »

Mariame Traoré