C’est un tournant que d’aucuns qualifient déjà d’historique pour la souveraineté intellectuelle de la Guinée. Ce vendredi 8 mai 2026, l’IRDPMAG de Dubréka a accueilli le lancement officiel du Programme de Recherche à Impact pour la Guinée (PRIG) pour la période 2026-2028. Ce dispositif, une première dans le pays, se distingue par un financement intégralement assuré par les ressources nationales, marquant la volonté des autorités de la transition de placer la science au cœur du développement socio-économique.

Ouvrant la série des allocutions, la ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Dre Diaka Sidibé, a posé les bases de cette nouvelle ambition avec une clarté sans équivoque. « La science de qualité se mesure à son utilité pour nos populations et notre développement. Si cette science doit être utile pour nos populations et pour le développement de notre pays, la question centrale est : quel doit être le rôle de nos scientifiques dans le développement de notre pays ? » s’est-elle interrogée devant un parterre de chercheurs. Rappelant les chiffres de 2024, où le financement de la recherche ne représentait que 3,5 % du budget de son département alors que 90 % des étudiants stagnent en licence, elle a martelé que cette situation n’était plus acceptable. Pour elle, le PRIG est « un acte de souveraineté scientifique qui traduit la volonté de la Guinée de concevoir et de mettre en œuvre ses propres solutions, adaptées à ses réalités et portées par ses talents. »

Cette vision de long terme est étroitement liée au programme Simandou 2040, comme l’a souligné le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla. Dans un discours empreint de pédagogie, il a tenu à différencier le projet minier du programme de développement national. « Le projet Simandou est un projet minier avec quatre composantes. Tandis que le programme Simandou 2040 est un programme de développement socio-économique de la Guinée pour les 15 prochaines années. C’est la première fois en Afrique qu’un pays disposant de ressources naturelles alloue des revenus significatifs à l’éducation. Les minerais de fer et les bauxites qui vont sur le marché ne reviendront jamais en Guinée. Il faut faire en sorte que demain, les gens viennent investir dans notre pays, pas parce qu’on a des ressources naturelles, mais parce qu’on a des ressources humaines de qualité. Le capital humain est le cœur, le moteur du développement de toute nation. »

Le secteur de la santé n’est pas en reste, avec des attentes concrètes portées par le message de la ministre de la Santé, lu par son homologue Félix Lamah. L’accent est mis sur la fin d’une certaine fatalité face aux maladies endémiques. « Derrière les statistiques, il y a des réalités humaines. Il y a des enfants qui continuent de mourir de maladies évitables. Il y a des communautés qui attendent des solutions concrètes adaptées à leur réalité quotidienne. Le paludisme demeure encore aujourd’hui l’une des principales causes de mortalité dans notre pays, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans. Nous refusons de considérer cette situation comme une fatalité. Nous croyons que la science, l’innovation et la mobilisation collective peuvent changer cette réalité. Les résultats de la recherche doivent sortir des laboratoires pour atteindre les communautés. »

Enfin, le ministre de l’Élevage, Félix Lamah, a illustré par des exemples techniques l’urgence d’une recherche appliquée pour garantir la sécurité alimentaire. Comparant la productivité locale aux standards internationaux, il a invité les chercheurs à relever le défi de la performance. « Si la nature nous a dotés de ressources exceptionnelles, le paradoxe de notre faible productivité ne doit plus être une fatalité. Prenez notre race bovine Ndama : elle est résiliente, c’est son point positif, mais elle ne produit qu’à peine un litre de lait par jour là où d’autres races produisent 25 litres. Comment la recherche peut-elle nous aider à avoir une race performante en viande et en lait ? De même pour l’aviculture : nous importons nos poussins du Burkina ou du Bénin car ce ne sont pas nos propres souches. La recherche doit nous permettre, à court ou moyen terme, d’avoir nos propres souches pour que nous puissions prendre des mesures d’interdiction d’importation. »
Le programme, qui financera quatre projets structurants à hauteur de 16 à 20 milliards de francs guinéens, vise des résultats tangibles d’ici 2028 : au moins 20 publications indexées, 12 doctorants formés, 4 brevets déposés et des innovations technologiques applicables immédiatement. L’appel à projets sera lancé dès le lundi 1er juin 2026, laissant six semaines aux chercheurs pour constituer des consortiums et proposer des solutions à la hauteur des défis de la nation.
Tcherno le Top Diallo




