Conakry a vibré au rythme d’un plaidoyer inédit : la première édition du Forum national des menstruations, portée par l’ONG Action des Femmes et Filles de Guinée (AFFIG), marque un tournant décisif dans la lutte pour la dignité, l’éducation et la santé des filles. Entre témoignages poignants et engagements institutionnels, l’événement pose les bases d’un changement durable.

C’est une première en Guinée. Le Forum national des menstruations a été officiellement lancé, réunissant autorités, acteurs éducatifs, organisations de la société civile et jeunes filles autour d’un enjeu longtemps relégué au silence : la santé menstruelle.
Portée par l’ONG Action des Femmes et Filles de Guinée (AFFIG), cette initiative vise à briser les tabous, informer et promouvoir une meilleure gestion de l’hygiène menstruelle. La campagne, prévue du 1er au 31 mai 2026 sur toute l’étendue du territoire national, cible particulièrement les jeunes filles, les communautés et les acteurs sociaux.
La cérémonie d’ouverture, présidée par la première vice-présidente du CNT, Maimouna Yombouno, a été marquée par des interventions fortes et des témoignages émouvants.
La rencontre a également été rythmée par des panels d’échanges et de sensibilisation, offrant un cadre de dialogue entre experts, éducateurs et participants, ainsi que par une distribution gratuite de serviettes hygiéniques aux jeunes filles présentes, une action concrète saluée par l’ensemble des participantes.
L’école en première ligne face au défi menstruel
Prenant la parole, Lansana Dramé, proviseur du lycée Djibril Tamsir N’Diane, a mis en lumière une réalité longtemps ignorée dans les établissements scolaires.
Selon lui, la gestion des menstruations constitue un frein réel à la réussite des élèves filles, affectant leur assiduité et leurs performances. Il salue toutefois l’impact de l’intervention de l’ONG, notamment à travers la mise à disposition de serviettes hygiéniques et la création d’un club scolaire.
« Nous avons observé une nette amélioration de leur présence en classe, mais aussi de leur confiance en elles », a-t-il affirmé, soulignant un changement progressif des mentalités, y compris chez les garçons.
“Nous avions peur…” : le témoignage poignant d’une élève
Le moment le plus marquant reste sans doute le témoignage de Maimouna Bah, élève bénéficiaire du programme.
Avec émotion, elle raconte les difficultés vécues : absence de protections hygiéniques, peur des moqueries, absences répétées en classe.
« Nous avions peur d’être humiliées… certaines préféraient rester à la maison », confie-t-elle.
Aujourd’hui, grâce à l’appui de l’ONG, la situation a radicalement changé. Les filles peuvent suivre les cours en toute dignité, renforçant leur confiance et leur engagement scolaire.
Une initiative pour alerter et agir
Pour Batrou Cissoko, présidente de l’ONG AFFIG, ce forum est avant tout un cri d’alerte.
Elle dénonce les conséquences du manque d’accès aux produits menstruels et aux infrastructures adaptées, qui conduisent certaines jeunes filles à abandonner l’école ou à développer des problèmes de santé.
« Ces questions font des ravages dans notre société, mais on en parle très peu », regrette-t-elle.
L’ONG appelle à une mobilisation globale : parents, leaders religieux, autorités éducatives et politiques sont interpellés pour intégrer l’éducation sexuelle et reproductive dans les programmes scolaires.
Un engagement affirmé des autorités
Représentant la ministre de la Femme, de la Famille et des Solidarités, Hawa Camara a salué une initiative « majeure » pour la dignité des femmes.
Elle a rappelé que les menstruations ne doivent jamais être un obstacle à l’éducation ou à l’épanouissement des filles, tout en réaffirmant l’engagement du gouvernement à promouvoir des politiques inclusives : accès aux produits menstruels, infrastructures adaptées et lutte contre les stigmatisations.
Un appel à une mobilisation nationale
Ambassadrice de l’ONG, Fanta Conté a lancé un appel fort à une mobilisation collective.
Pour elle, ce forum est « un acte de courage et de justice » qui doit déboucher sur des actions concrètes et durables.« Aucune fille ne devrait voir son avenir limité à cause de ses règles », a-t-elle martelé.
Un plaidoyer politique et une ouverture officielle engagée
Clôturant la cérémonie, Maimouna Yombouno a salué l’engagement des initiatrices tout en dénonçant le manque d’implication de certains décideurs.
Elle a insisté sur l’importance des infrastructures de base, notamment l’accès à l’eau dans les écoles, et a rappelé que les inégalités liées aux menstruations freinent l’atteinte de la parité. Dans un ton engagé, elle a officiellement déclaré ouvert le Forum, tout en appelant à une prise en charge institutionnelle des prochaines éditions.
Un tournant pour la société guinéenne
Au-delà des discours, ce forum marque le début d’un changement profond : faire des menstruations un sujet de dialogue, de respect et de politique publique.
En mettant la lumière sur une réalité longtemps ignorée, l’initiative de l’AFFIG ouvre la voie à une société plus inclusive, où chaque fille peut apprendre, grandir et réussir sans honte ni obstacle.
AAS




