Le gouvernement guinéen, à travers le ministère de l’Agriculture, a officiellement lancé le pacte Agriconnect, une initiative stratégique portée avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale. Ce programme vise à accompagner les petits exploitants agricoles dans leur transition de l’agriculture de subsistance vers une production excédentaire, compétitive et tournée vers les marchés. La cérémonie de lancement a été présidée par Mariama Ciré Sylla, représentant la ministre de l’Agriculture, en présence de son collègue de l’Élevage, Félix Lamah, ainsi que de nombreux partenaires techniques et financiers.

Un potentiel immense encore sous-exploité

Dans son intervention, le représentant résident du Groupe de la Banque mondiale en Guinée, Issa Diaw, a rappelé les atouts considérables du pays : des millions d’hectares de terres agricoles, une richesse hydrique exceptionnelle et une diversité agroécologique rare en Afrique de l’Ouest. Pourtant, malgré ce potentiel, la Guinée reste fortement dépendante des importations alimentaires.

« AgriConnect est né de ce décalage entre potentiel et performance », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de connecter les producteurs aux marchés, aux infrastructures et aux financements.

Le pacte se distingue par une approche intégrée, articulée autour de trois leviers majeurs : les investissements structurants (irrigation, logistique, numérique), les réformes de gouvernance (foncier, intrants, coopératives) et la mobilisation du capital privé.

Vers la souveraineté alimentaire

Pour le ministre de l’Élevage, Félix Lamah, la Guinée dispose de tous les ingrédients pour devenir une grande puissance agropastorale : « 70 % de notre population vit en milieu rural, nous avons des terres arables, une bonne pluviométrie et une jeunesse dynamique ».

Il a toutefois dénoncé les contradictions actuelles, notamment l’importation massive de produits alimentaires, dont plus de 70 000 tonnes de poulets congelés chaque année. Une situation paradoxale pour un pays souvent qualifié de « château d’eau » et de « grenier de l’Afrique de l’Ouest ».

Selon lui, le pacte Agriconnect, en synergie avec le programme Simandou 2040, permettra de poser les bases d’une véritable autosuffisance alimentaire et nutritionnelle, en structurant des filières prioritaires comme le riz, la volaille, le maïs et le soja.

Un levier de transformation économique

Prenant la parole au nom du gouvernement, Mariama Ciré Sylla a insisté sur le caractère stratégique du programme : « La transformation agricole est au cœur de la transformation économique de la Guinée ».

Elle a appelé à un changement d’échelle, en intégrant les technologies, en améliorant l’accès au foncier, en développant les infrastructures rurales et en mettant en place des mécanismes de financement innovants, notamment pour le secteur privé agricole.

Agriconnect se veut ainsi un véritable pacte national, réunissant l’État, les partenaires techniques et financiers ainsi que les investisseurs privés autour d’un objectif commun : moderniser l’agriculture, créer des emplois massifs et réduire la dépendance alimentaire.

Une dynamique collective à consolider

Le programme s’inscrit dans une dynamique internationale ambitieuse visant à toucher des centaines de millions de petits producteurs d’ici 2030. En Guinée, il marque une étape décisive vers une agriculture plus productive, plus inclusive et plus résiliente.

Au-delà des engagements, les autorités appellent désormais à une mobilisation collective pour traduire cette vision en résultats concrets sur le terrain. Car, comme l’a rappelé un proverbe cité lors de la cérémonie : « une seule main ne peut attacher un paquet ».

Avec Agriconnect, la Guinée ambitionne clairement de tourner la page de l’agriculture de subsistance pour s’imposer comme un acteur agricole majeur en Afrique de l’Ouest.

AAS