C’est une scène de désolation totale qu’a découverte Aboubacar Camara, jeune entrepreneur agricole, dans la matinée du 2 avril dernier. Son champ d’ananas, situé à Massaya, dans le district de Koliagbé (sous-préfecture de Friguiagbé, préfecture de Kindia), a été entièrement ravagé par un violent incendie dont l’origine reste, pour l’heure, inconnue.

Ce vaste domaine agricole, localisé à une dizaine de kilomètres sur la route nationale n°1, a été presque totalement réduit en cendres, emportant avec lui des mois d’efforts et d’investissements considérables.
Très affecté, l’exploitant revient sur les circonstances de ce drame :« J’étais au champ tôt le matin du 2 avril. J’y ai travaillé jusqu’à 9 heures avant de recevoir un appel m’invitant à me rendre à Kindia. C’est vers 15 heures qu’un ami m’a informé de l’incendie. Sans tarder, j’ai pris ma moto pour revenir sur les lieux, mais il était déjà trop tard : tout était parti en fumée », raconte-t-il avec amertume.

Sur place, le constat est alarmant : des plantations entièrement calcinées, des arbres fruitiers noircis et des hectares de cultures réduits à néant. Les bananeraies et les papayers, particulièrement vulnérables aux flammes, ont été presque entièrement détruits.
Déjà confronté à de nombreuses difficultés liées à son activité, Aboubacar Camara voit dans cet incendie un coup dur supplémentaire qui fragilise davantage son exploitation. Il pointe notamment les conditions environnementales défavorables, surtout en saison sèche: « Le principal problème ici, ce sont les incendies. Nous manquons de bas-fonds pour cultiver dans de bonnes conditions. En saison sèche, les risques sont très élevés. »
L’entrepreneur souligne également l’ampleur des investissements consentis pour développer son activité agricole:« L’agriculture demande énormément de courage. Chaque jour est un défi. Pendant la saison pluvieuse, nous cultivons sur les hauteurs des produits comme le piment, l’aubergine ou la tomate. Mais en saison sèche, il faut absolument trouver des zones avec de l’eau pour continuer à produire. »

Au-delà des cultures, les pertes matérielles sont tout aussi importantes. « J’ai perdu mes brouettes, mes casiers, mes outils, mes dabas, ainsi que mes produits phytosanitaires. Il y avait même un bidon d’essence. Tout a brûlé. Ceux qui connaissent ce métier savent combien il faut de persévérance pour obtenir de bons résultats. Aujourd’hui, ma perte est énorme », déplore-t-il.
Face à cette situation, le jeune entrepreneur lance un appel pressant aux autorités et aux structures d’encadrement du secteur agricole:« Le gouvernement doit nous aider à trouver des solutions face à ces incendies. Cela risque de décourager les investisseurs. J’interpelle aussi les chambres d’agriculture pour qu’elles s’impliquent davantage, car à Friguiagbé, ces feux deviennent de plus en plus fréquents. »
Ce drame relance ainsi la question de la prévention des feux de brousse dans cette zone agricole. De nombreux observateurs estiment qu’un renforcement des mesures de sensibilisation, de surveillance et d’accompagnement des exploitants est indispensable pour protéger durablement les activités agricoles et encourager l’entrepreneuriat rural.
Moussa Kollet




