Alors que l’innovation technologique transforme rapidement les systèmes financiers, un élément fondamental demeure le véritable moteur ou frein de l’inclusion financière : “la confiance”. Sans elle, aucune stratégie de bancarisation ne peut réussir, aucun outil numérique ne peut être adopté, et aucune politique économique ne peut atteindre son plein potentiel.

Aujourd’hui, près de 1,4 milliard de personnes dans le monde restent exclues du système financier formel. Malgré l’essor des fintech, du mobile money et des identités numériques, l’adoption reste inégale. La raison est simple : on ne bâtit pas un système financier sur des outils, mais sur la certitude que le système protège et respecte les citoyens.

La confiance”, premier capital des économies

Dans de nombreux pays, l’histoire économique a été marquée par des faillites bancaires, une inflation persistante, l’instabilité institutionnelle et des systèmes de gouvernance fragiles ont ancré une méfiance profonde envers les institutions financières. Cette mémoire collective influence encore aujourd’hui l’adoption des services formels, même lorsque des solutions innovantes existent.

Ainsi, même lorsque les technologies de paiement progressent, l’adoption demeure limitée si la confiance institutionnelle n’est pas au rendez vous. L’échec ou la lenteur de certaines stratégies nationales de bancarisation s’expliquent largement par ce facteur invisible mais déterminant.

La confiance apparaît ainsi comme un capital stratégique incontournable plus difficile à construire que les infrastructures, mais infiniment plus puissant.

Pour bancariser , il faut d’abord instaurer “la confiance”…

S’insérer dans le système financier formel n’est pas un acte neutre. Il signifie :

• Confier son argent à une institution ;

• Accepter la traçabilité des transactions ;

• Comprendre et respecter un cadre réglementaire souvent complexe ;

• Renoncer à la tangibilité rassurante du cash; symbole de certitude et d’autonomie.

Pour des millions de ménages vulnérables, ces étapes représentent un saut psychologique et culturel et surtout un saut dans un univers inconnu.

La confiance n’est pas un supplément : c’est la condition d’entrée, elle devient donc la première passerelle vers la bancarisation.

Entre technologies et incertitudes, la confiance devient la clé de la stabilité économique & monétaire

Pour les États, renforcer la confiance n’est pas qu’une question d’inclusion.

C’est aussi protéger :

• La stabilité macroéconomique,

• La lutte contre la criminalité financière,

• La résilience du système bancaire,

• La souveraineté monétaire.

Dans les pays où le cash domine, les autorités perdent une partie du contrôle sur la masse monétaire, rendant plus complexes :

• Le pilotage de la masse monétaire,

• La lutte contre l’inflation,

• L’optimisation des politique fiscales et budgetaires,

• La mobilisation de ressources fiscales,

• La lutte contre l’économie informelle,

• La planification économique,

• La gestion de crise.

À l’heure des tensions géopolitiques, de la cybercriminalité et des crypto actifs; la maîtrise des flux financiers est un enjeu de souveraineté. Les nations qui renforcent la confiance dans leurs institutions renforcent en réalité leur stabilité macroéconomique.

Un équilibre délicat entre innovation et confiance

Face à ces enjeux, trois défis majeurs s’imposent : Technologie, Gouvernance, Éducation.

• Technologique : sécuriser les infrastructures, garantir l’interopérabilité et protéger les données.

• Institutionnel : renforcer la transparence, la supervision et la lutte contre la corruption.

• Sociétal : combler la fracture numérique et améliorer la littératie financière.

Un seul incident fraude massive, cyberattaque, manque de communication, défaut de transparence peut fragiliser des années d’efforts. La confiance exige constance, rigueur et responsabilité.

Pourquoi la confiance décidera du futur des économies émergentes.???

Si la confiance est un défi, elle est aussi une formidable opportunité.

Les pays qui réussiront à instaurer un climat de confiance durable pourront :

• Attirer plus d’investissements privés ;

• Accélérer la formalisation de l’économie ;

• Améliorer l’efficacité des politiques monétaires ;

• Tirer parti des innovations fintech de manière inclusive ;

• Renforcer leur crédibilité internationale.

Dans cette nouvelle économie mondiale, la confiance devient un avantage comparatif. Une ressource stratégique aussi importante que le capital financier lui-même.

Le vrai défi financier et économique; Reconstruire la confiance

La confiance se nourrit de rigueur. Elle exige des États :

• Des cadres réglementaires solides et fiables,

• Une supervision agile,

• Une protection élévée et rigoureuse des consommateurs de leurs informations et données personnelles,

• Une communication transparente en période de crise.

La confiance ne se décrète pas : elle se construit, se protège et se renouvelle. C’est le pilier d’un système financier capable de résister aux crises et de soutenir le développement. C’est le prix à payer pour instaurer une relation saine entre populations, institutions financières et régulateurs. Sans cela, la méfiance renaît, et les réformes échouent.

Conclusion

“La confiance n’est pas un luxe c’est le socle du développement financier global”

L’inclusion financière n’est pas un exercice technique.

Elle n’est pas un produit bancaire.

Elle n’est pas une application mobile.

Elle n’est pas qu’une question d’accès ou de technologie; C’est d’abord une question de confiance : confiance dans les institutions, dans la régulation, dans la technologie et dans l’avenir. C’est un projet de société fondé sur la confiance entre l’État, les institutions financières et les citoyens.

Pour relever les défis du XXIᵉ siècle inflation, digitalisation, volatilité monétaire, risques géopolitiques; les pays devront investir dans cette confiance avec la même énergie qu’ils investissent dans les infrastructures ou la technologie. Parce que dans l’économie mondiale, une vérité demeure universelle :

On ne construit pas un système financier solide sans construire d’abord la confiance. Pour construire des économies résilientes, réduire les inégalités et renforcer la souveraineté des États, investir dans la confiance n’est pas une option : c’est une priorité stratégique.

Gervais Moussongo

Expert – Consultant en Stratégie, Intelligence Économique & GéoÉconomie. Managing Partner Chez ADVALYS Consulting Group