Invité du Journal de l’Afrique sur France 24, l’ancien Premier ministre guinéen et président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, a vivement réagi à la récente dissolution de plusieurs partis politiques par les autorités guinéennes. Une décision qui, selon lui, illustre « une dérive autoritaire » du pouvoir dirigé par le président de la transition, Mamadi Doumbouya.
La semaine dernière, quarante formations politiques ont été dissoutes dans le cadre du processus d’évaluation des partis engagé par les autorités. Parmi elles figure l’UFDG, considérée comme la principale force de l’opposition guinéenne.
Fatimata Wane
Merci d’être avec nous dans Le Journal de l’Afrique. Quelle est votre réaction à la dissolution de plusieurs partis politiques, dont le vôtre, l’UFDG ?
Cellou Dalein Diallo
L’UFDG est la principale force de l’opposition en Guinée. Cette décision ne me surprend malheureusement pas. Depuis son arrivée au pouvoir, la junte s’est illustrée par des restrictions constantes des libertés publiques et politiques.
Les Guinéens doivent pouvoir choisir librement leurs dirigeants et exercer pleinement leurs droits. Or aujourd’hui, ces libertés sont de plus en plus limitées. Nous sommes face à un pouvoir de plus en plus autoritaire.
Fatimata Wane
Vous dites ne pas être surpris. Pourtant, le président Mamadi Doumbouya a été élu en décembre 2025 après l’adoption d’une nouvelle Constitution par référendum. Reconnaissez-vous aujourd’hui une légitimité démocratique à ce pouvoir ?
Cellou Dalein Diallo
Il faut rappeler que le colonel Doumbouya avait juré, au moment de la transition, qu’il ne serait pas candidat aux élections organisées par les autorités de transition.
En se présentant finalement à l’élection présidentielle, il a violé cet engagement. Pour nous, cela constitue une rupture de confiance avec le peuple guinéen.
Fatimata Wane
Selon vous, la Guinée est donc aujourd’hui une dictature ?
Cellou Dalein Diallo
Oui. Depuis la prise du pouvoir par les militaires, de nombreuses décisions ont été prises pour restreindre les libertés publiques et violer les droits humains.
Les manifestations ont été interdites. Des médias critiques ont vu leurs équipements démantelés et leurs agréments retirés. Plusieurs jeunes ont perdu la vie lors de manifestations. De nombreux acteurs de la société civile ont été arrêtés ou portés disparus, comme Fonike Mengue, Mamadou Bilo Bah ou Marouane Camara. Dans certains cas, lorsque les autorités ne peuvent pas arrêter un opposant, ce sont ses proches ou sa famille qui subissent des pressions.
Fatimata Wane
Vous vivez actuellement hors de Guinée. Vous avez déclaré récemment que rester dans votre pays signifiait « la prison ou le cimetière ». Pourquoi estimez-vous que votre sécurité n’est pas garantie ?
Cellou Dalein Diallo
Nous avons vu ce qui est arrivé à Sadiba Koulibaly, ancien chef d’état-major général de l’armée. Après son retour en Guinée, il a été arrêté, jugé, puis est décédé en détention dans des circonstances controversées. Dans ce contexte, il est difficile pour certains opposants de rentrer au pays en toute sécurité.
Fatimata Wane
Pensez-vous que les élections législatives et communales annoncées puissent réellement ouvrir un nouvel espace politique pour l’opposition ?
Cellou Dalein Diallo
Il est difficile de parler d’élections crédibles lorsque les partis les plus représentatifs sont dissous. Lors de la dernière élection présidentielle à laquelle j’ai participé, j’avais obtenu plus de 40 % des voix. Aujourd’hui, les principaux partis d’opposition sont écartés du processus politique. Cela montre que le pouvoir ne souhaite pas une véritable compétition démocratique.
Fatimata Wane
Merci beaucoup, Cellou Dalein Diallo, d’avoir répondu à nos questions et d’avoir partagé votre analyse sur la situation politique en Guinée.
AAS




