À Conakry, l’insalubrité n’est plus un simple problème d’ordures, c’est le symptôme d’une crise collective de responsabilité. Entre accusations croisées entre citoyens et autorités, les déchets s’accumulent et étouffent la ville. Dans cette tribune choc, Mamadi Berete interpelle les consciences et rappelle une vérité dérangeante : la propreté d’un pays ne dépend pas seulement de l’État, mais aussi du civisme de chacun.

Restons pour affronter le désastre plutôt que de le fuir, car en le fuyant, nous ne faisons que l’emporter avec nous. La question des ordures est devenue un jeu de renvoi de responsabilités : ce n’est pas moi, c’est l’État. Et l’État, à son tour, semble répondre : Ce sont les citoyens. Mais au fond, qui appelez-vous l’État ?

Cessons, s’il vous plaît, cette logique stérile. Si nous ne comprenons pas que l’État, c’est aussi chacun de nous à travers nos actes, nos choix et notre sens du devoir alors nous entretenons nous-mêmes le problème que nous dénonçons.

Il est temps de sortir de cette fuite permanente de responsabilité pour nous engager dans une épreuve collective, lucide et courageuse. C’est dans l’action commune, le respect des règles et l’engagement citoyen que se trouve la véritable solution.

La gestion des déchets n’est pas seulement une affaire institutionnelle ; elle est un test de maturité civique. Et c’est ensemble, autorités et citoyens unis dans la même volonté, que nous pourrons transformer cette difficulté en opportunité de progrès durable.

À l’heure où nos villes s’étendent et où la consommation progresse, une question fondamentale s’impose avec gravité : que faisons-nous réellement de nos déchets ? Derrière les statistiques flatteuses et les discours rassurants sur l’assainissement, la réalité quotidienne des familles révèle une vérité plus rude.

Beaucoup de ménagères peinent encore à trouver un lieu fixe et accessible pour se débarrasser convenablement de leurs ordures. Les maisons s’encombrent, les points de dépôt débordent, et l’insalubrité cesse d’être un incident ponctuel pour devenir un fardeau permanent.

Dans plusieurs quartiers de Conakry, le constat est sans appel : caniveaux obstrués, dépotoirs improvisés, amas de déchets qui s’accumulent plus vite qu’ils ne disparaissent. L’air se charge d’odeurs persistantes, les risques sanitaires augmentent, et l’étouffement devient palpable. Si tous les espaces sont saturés, où aller déposer les ordures ? Cette interrogation dépasse la simple logistique ; elle révèle une faille profonde dans l’organisation et la gouvernance de notre cadre de vie.

Chercher un coupable unique serait une facilité stérile. La gestion des déchets repose sur une chaîne de responsabilités partagées : autorités publiques, entreprises de collecte, collectivités locales et citoyens.

Lorsque la planification urbaine manque de rigueur, que les infrastructures sont insuffisantes ou que le contrôle fait défaut, le système s’affaiblit. Mais lorsque des comportements inciviques consistent à jeter des détritus dans les rues ou à obstruer les caniveaux, la crise s’aggrave. La vérité exige de reconnaître cette coresponsabilité.

 

La morale est claire : la propreté d’une ville ne dépend pas uniquement des moyens financiers, mais d’une conscience collective. Le respect de l’espace public reflète le respect que nous avons pour nous-mêmes et pour autrui. Vivre-ensemble ne se limite pas à partager un territoire ; c’est protéger, avec discipline et solidarité, le bien commun.

Des réponses existent, à condition d’agir avec sincérité et courage. Il est impératif de bâtir une politique d’assainissement cohérente et transparente : clarification des rôles, suivi strict des entreprises chargées du ramassage, création de centres de traitement adaptés, multiplication de points de collecte réglementés.

La modernisation du secteur doit dépasser le stade des intentions et s’inscrire dans des actions mesurables et durables.

Toutefois, aucune réforme structurelle ne portera ses fruits sans un engagement citoyen ferme. Jeter un déchet dans la rue, créer un dépotoir sauvage ou ignorer les règles d’hygiène revient à compromettre sa propre santé et celle de sa communauté.

Le civisme n’est pas une contrainte ; il est le socle de toute société organisée. Sensibiliser dans les écoles, mobiliser les leaders communautaires, promouvoir le tri et le recyclage, instaurer des journées régulières de salubrité : ces initiatives façonnent progressivement une culture de responsabilité.

Il est également temps d’encourager la prévention : réduire le gaspillage, privilégier les produits réutilisables, soutenir les initiatives locales de recyclage. Chaque foyer peut devenir un acteur du changement plutôt qu’un simple témoin de la dégradation.

La crise des déchets n’est plus invisible. Elle interpelle notre conscience et notre sens moral. Nettoyer nos rues, c’est aussi restaurer notre dignité collective. Protéger notre environnement, c’est protéger notre santé, notre économie et notre cohésion sociale.

Au-delà des ordures, c’est notre avenir commun qui se joue. Une société capable d’organiser proprement son espace est une société qui se respecte et qui avance. L’assainissement n’est pas qu’une affaire technique ; il est un test de maturité civique, un exercice de responsabilité partagée et un pilier du vivre-ensemble.

MAMADI BERETE Journaliste