Le Syndicat National de l’Éducation (SNE) est monté au créneau après la décision controversée de la Direction préfectorale de l’Éducation (DPE) de Boké ordonnant le renvoi de cinq élèves, toutes des filles, accusées d’avoir diffusé des vidéos jugées impudiques sur les réseaux sociaux. La sanction, qui s’applique à l’ensemble des établissements scolaires du pays du 16 février au 3 juillet 2026, s’accompagne également du remplacement immédiat de l’équipe d’encadrement du Lycée N’Dama.
Dans un communiqué rendu public, le SNE dit prendre acte de cette décision tout en saluant la volonté des autorités éducatives de prévenir toute récidive. Toutefois, le syndicat estime que les mesures prises soulèvent de sérieuses interrogations quant à leur portée pédagogique et leur légalité.
Une sanction jugée contraire à la mission éducative
Pour le SNE, l’exclusion définitive d’élèves constitue un aveu d’échec du système éducatif. « Chaque mise à pied fragilise notre responsabilité d’éducateurs », souligne le syndicat, rappelant que la mission première de l’école reste l’encadrement et la formation, et non la rupture scolaire.
Le syndicat déplore également l’absence d’une analyse approfondie des causes ayant conduit à ces actes, notamment le contexte familial, les réalités de l’adolescence et la pression croissante des réseaux sociaux. Une approche jugée « déshumanisante », qui occulte la complexité du phénomène.
Des responsabilités mal attribuées ?
Autre point de discorde : le renvoi des responsables du Lycée N’Dama. Le SNE estime cette décision injustifiée, dans la mesure où les faits reprochés se seraient déroulés hors du cadre scolaire, précisément dans une concession familiale située à la cité CBG. Imputer cette faute à l’administration scolaire relèverait, selon le syndicat, d’une « erreur d’appréciation ».
Le syndicat va plus loin en dénonçant ce qu’il qualifie d’« excès de pouvoir », notamment l’extension de la sanction à l’échelle nationale par une Direction préfectorale, une compétence qui dépasserait son champ territorial.
Des mesures tardives et incohérentes
Le SNE s’interroge également sur la cohérence de la décision qui conditionne une éventuelle réintégration des élèves à un engagement écrit des parents, tout en privilégiant d’abord une longue exclusion. De même, l’obligation faite aux établissements de relire et d’expliquer les règlements intérieurs entre février et mars est jugée tardive, assimilée à un « médecin après la mort ».
Les recommandations du SNE
Face à ce qu’il considère comme des abus d’autorité potentiels, le Syndicat National de l’Éducation formule plusieurs recommandations. Il plaide pour une révision de la sanction, en privilégiant des mesures réparatrices, incluant un engagement parental et des excuses publiques des élèves via les mêmes canaux numériques utilisés pour la faute. L’objectif, selon le SNE, est de transformer l’erreur en une leçon de citoyenneté.
Le syndicat demande également le rétablissement immédiat des responsables du Lycée N’Dama, la réglementation stricte de l’usage des téléphones portables en milieu scolaire, ainsi qu’une réforme curriculaire intégrant l’éducation à la vie affective, à la sexualité et à l’usage responsable des réseaux sociaux. Il appelle enfin au renforcement des règles relatives à la tenue scolaire.
Un appel à la retenue
Tout en reconnaissant la proactivité des autorités, le SNE les exhorte à ne pas céder à la pression émotionnelle et à la clameur populaire des réseaux sociaux dans la prise de décisions sensibles. Le syndicat affirme sa solidarité « indéfectible » envers les responsables du Lycée N’Dama et se réserve le droit d’engager toute action nécessaire jusqu’à leur rétablissement « plein et entier » dans leurs fonctions.

AAS




