Dans la commune rurale de Brouwal, située à une trentaine de kilomètres du centre urbain de Télimélé, le système éducatif tient debout grâce à un seul pilier : la solidarité communautaire. Ici, l’absence criante d’enseignants fonctionnaires a plongé les écoles dans une crise profonde, obligeant les populations à se substituer à l’État pour assurer la scolarisation des enfants.

Dans plusieurs établissements, le manque de personnel titulaire est tel que parents d’élèves et ressortissants n’ont eu d’autre choix que de recruter et rémunérer eux-mêmes des enseignants communautaires, afin d’éviter la fermeture pure et simple des écoles.
Une charge financière écrasante pour des populations rurales
Selon le Délégué scolaire de l’enseignement Elémentaire (DSEE) de Brouwal, Mamadou Saliou Bah, la situation est alarmante : « Nous rencontrons de sérieuses difficultés pour affecter suffisamment d’enseignants dans les classes. La population de Brouwal est très courageuse. Près de 60 % des écoles ont été construites par la communauté elle-même. Aujourd’hui, lors de la dernière réunion du comité sous-préfectoral de pilotage de l’éducation, nous avons recensé un besoin de plus de 80 enseignants. Rien que pour l’enseignement élémentaire, la population débourse plus de 100 millions de francs guinéens par an. Au secondaire, environ 50 millions. Cela montre combien cette population souffre. »

Chaque famille contribue à travers des cotisations régulières pour payer les salaires de ces enseignants contractuels. Une mobilisation massive, mais lourde, dans une zone où les revenus reposent essentiellement sur l’agriculture de subsistance.
“Ce n’est pas normal pour un pays comme le nôtre”
Au lycée-collège de Brouwal, la situation n’est guère meilleure. Le proviseur, Mamadou Boye Barry, tire la sonnette d’alarme :
« Nous avons des élèves, mais nous manquons cruellement de professeurs. Tous les enseignants sont contractuels. La population, pourtant très pauvre, paie chaque année au moins 150 millions de francs guinéens pour assurer les cours. Nous rencontrons déjà des difficultés pour couvrir les mois à venir. Ce n’est pas normal pour un pays comme le nôtre. Nous avons besoin d’enseignants titulaires. »

Dans certaines localités voisines, ces contributions communautaires constituent l’unique source de rémunération des enseignants. Mais cette solution reste fragile : retards de paiement, précarité du personnel, absence de statut officiel et démotivation progressive compromettent la stabilité et la qualité de l’enseignement.
Un appel pressant à l’État
Face à cette réalité, autorités communales, comités de gestion des écoles et leaders communautaires lancent un appel pressant au ministère de l’Éducation nationale pour le déploiement urgent d’enseignants fonctionnaires à Brouwal.
Pour les populations, l’éducation des enfants ne peut continuer à reposer uniquement sur les sacrifices communautaires. Elles réclament une intervention rapide de l’État et de ses partenaires afin de soulager les parents et garantir un encadrement pédagogique stable et de qualité.
Aujourd’hui, à Brouwal, l’avenir scolaire des enfants repose presque exclusivement sur la solidarité d’une communauté déterminée à ne pas abandonner sa jeunesse, malgré l’indifférence institutionnelle.
Depuis Télimélé,
Moussa Kollet – ECLATINFOS
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