Service public rattaché à la Présidence de la République, la Direction des Archives nationales de Guinée mène depuis quelques années d’importantes réformes pour moderniser la gestion des archives publiques. Rénovation des infrastructures, déploiement régional, sécurisation des budgets et amorce de la transformation numérique figurent parmi les avancées enregistrées. Dans cet entretien, le Directeur général des Archives nationales revient sur les objectifs assignés, les acquis concrets et les enjeux humains et financiers qui conditionnent la réussite de cette réforme d’envergure.

Eclat Médias GN : Monsieur le Directeur général, quelle est la vocation des Archives nationales de Guinée et quelle mission fondamentale leur est assignée ?

Saïkou Amadou Diallo, Directeur général des Archives nationales de Guinée (DAN) : « Merci beaucoup. Retenez que la Direction des Archives nationales de Guinée est un service public rattaché à la Présidence de la République, sous la tutelle directe du ministre secrétaire général de la Présidence. Elle a pour mission fondamentale de collecter, de préserver et de promouvoir les archives publiques de notre pays, la République de Guinée, aussi bien au niveau national que dans les services déconcentrés et décentralisés.

C’est l’un des services les plus représentés sur l’ensemble du territoire national. Il existe des services d’archives jusque dans les sous-préfectures. Les archives nationales constituent donc un maillon essentiel de l’administration, mais aussi de la mémoire collective de notre pays. »

Quelles réformes majeures ont été engagées depuis votre prise de fonction ?

« Dans ma lettre de mission, le ministre secrétaire général de la Présidence, le Général Amara Camara, m’a confié trois objectifs clairs, avec l’ensemble des cadres.

Le premier objectif était de restructurer la Direction des Archives nationales. Le deuxième, de redynamiser les Archives nationales. Et le troisième, de repositionner les Archives nationales. Ce sont les trois “R”.

Restructurer, c’était d’abord trouver le cadre organique approprié pour un fonctionnement efficace et efficient de l’institution : rénover le bâtiment, offrir un cadre de travail adéquat, puis mettre en place un organigramme permettant aux Archives nationales de jouer pleinement leur rôle au sein de la République.

Redynamiser, c’était rompre avec l’idée que les Archives nationales seraient de simples magasins de stockage de documents. Les Archives doivent être un lieu d’apprentissage, un espace de recherche pour les chercheurs, mais aussi une ressource pour l’administration dans le cadre du principe de continuité de l’État.

Enfin, repositionner les Archives nationales, c’était tenir compte de notre époque. Nous sommes à l’ère du numérique, alors que nos archives sont encore essentiellement physiques. Il fallait donc réfléchir à la meilleure manière de numériser nos archives afin d’améliorer leur accessibilité et surtout leur préservation pour les générations futures. »

Quels résultats concrets ont déjà été obtenus ?

« Le premier résultat majeur, obtenu grâce à la volonté politique, c’est la rénovation du bâtiment. Aujourd’hui, nous disposons d’un cadre de travail approprié.

Le deuxième acquis important est la mise en place d’un organigramme que nous jugeons adapté au fonctionnement des Archives nationales, aussi bien au niveau central que décentralisé.

Troisièmement, toujours grâce à la volonté politique, nous avons pu sécuriser un budget pour l’expansion des Archives nationales à l’échelle régionale. Des directions régionales, que j’appelle souvent des hubs régionaux, sont en cours de construction. Il y en a un à Labé, achevé à 70–80 %, ainsi qu’à Boké, Kankan et N’Zérékoré.

Un autre acquis majeur est la sécurisation du budget nécessaire au lancement de la transformation digitale des Archives nationales. C’est une étape décisive. L’objectif fixé est que, d’ici fin 2027, les trois “R” soient pleinement opérationnels.

À ce stade, la restructuration est quasiment achevée. La redynamisation est très avancée et pleinement fonctionnelle. Nous recevons aujourd’hui de nombreuses sollicitations, notamment de ministères qui demandent un appui technique pour la gestion de leurs archives courantes, mais aussi pour effectuer des versements aux Archives nationales. Cela traduit une réelle confiance envers l’institution.

Nous enregistrons également de nombreuses demandes de chercheurs, provenant d’universités américaines, britanniques et françaises. Fait notable, nous recevons aussi des requêtes de partenaires bilatéraux, notamment les ambassades du Japon, d’Égypte et de France, qui cherchent à retracer l’historique de la coopération économique et politique entre la Guinée et leurs pays respectifs. »

Quels sont aujourd’hui les principaux défis que la DAN compte relever ?

« Le principal défi, à mon humble avis, reste la question des ressources humaines. Les Archives nationales sont présentes sur toute l’étendue du territoire national. Logiquement, un tel service devrait compter entre 400 et 500 agents. Or, nous n’en avons actuellement qu’une cinquantaine.

Nous avons cependant une opportunité importante : une université qui forme des archivistes. Il faut donc trouver les mécanismes appropriés pour intégrer ces compétences dans l’appareil administratif national.

Le deuxième défi concerne les ressources financières. Même si nous avons réussi à sécuriser des budgets importants, les besoins restent considérables. Nous voulons aller au bout de notre vision et réussir pleinement la transformation des Archives nationales. Cela nécessite des moyens supplémentaires, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraignant. »

Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et aux citoyens guinéens ?

« Je voudrais d’abord remercier le ministre secrétaire général de la Présidence et, à travers lui, Son Excellence le Président de la République, pour la confiance placée en ma modeste personne pour redynamiser cette autre noble institution. Je rappelle que je suis rentré en Guinée en 2021. J’ai d’abord servi au cabinet de la Primature en tant que directeur de cabinet, puis à l’Agence nationale de lutte contre la corruption pendant deux années. Aujourd’hui, ils ont jugé utile de me confier les Archives nationales.

Je les remercie d’autant plus que la confiance n’a de sens que lorsqu’elle est accompagnée des moyens nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. Sans cela, toute mission serait vaine.

Je souhaite également lancer un appel aux Guinéens, aux universitaires et aux chercheurs guinéens et africains. Nous recevons des demandes de grandes universités américaines et européennes, mais nous aimerions voir davantage de chercheurs guinéens s’intéresser aux Archives nationales. Ce patrimoine est le nôtre. Il doit être connu, valorisé et transmis à la génération actuelle comme aux générations futures. »

Eclat Médias GN : Je vous remercie pour votre disponibilité.

Saïkou Amadou Diallo : C’est un devoir, merci à vous également.

Interview réalisée par AOD – Éclat Médias GN, tél. : 662 83 83 10