À Matoto, le grand marché du rond-point a changé de visage ce matin.
Les autorités communales, appuyées par les services de la ville de Conakry, ont procédé au déguerpissement des vendeuses installées de manière anarchique sur les voies publiques. Une opération visant à libérer les emprises, fluidifier la circulation et assainir cet important carrefour commercial, non sans susciter colère et inquiétude chez les commerçantes concernées.

Dès les premières heures de la matinée, le grand marché du rond-point de Matoto s’est réveillé sous une atmosphère inhabituelle. Là où, chaque jour, les étals débordent de marchandises et les vendeuses rivalisent de voix pour attirer les clients, régnait ce matin un mélange de tension, de résignation et d’agitation. Les engins de la commune, appuyés par les services de sécurité, ont procédé au déguerpissement des vendeuses installées anarchiquement aux abords du marché.
Sous les regards impuissants de nombreuses commerçantes, tables, bâches, bassines et marchandises ont été retirées de la chaussée, libérant progressivement les voies encombrées depuis plusieurs années. Une opération que les autorités locales présentent comme une étape nécessaire pour restaurer l’ordre et la fluidité de la circulation dans cette zone stratégique de la commune de Matoto.

Visiblement affectées, Fatoumata Camara et Yanaty Camara disent avoir été surprises par l’opération.
Elles reconnaissent l’occupation anarchique, mais dénoncent la brutalité de la mesure. « C’est ici que nous gagnons notre pain quotidien. On nous a déguerpies sans solution concrète de repli », confient-elles, entre colère et inquiétude, redoutant désormais de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles.

Sur le terrain, les autorités locales assument pleinement cette action. Pour Moussa Diallo, il s’agit avant tout d’une opération de salubrité et de sécurité publique. « Nous ne pouvons plus accepter l’occupation anarchique des emprises publiques. Le marché doit être organisé pour le bien de tous, vendeurs comme usagers », explique-t-il, tout en appelant les commerçantes à la compréhension et au respect des règles établies.
La commune de Matoto n’est pas seule dans cette dynamique. La ville de Conakry entend, elle aussi, mettre fin aux occupations illégales des espaces publics. Selon Amara Roméo Soumah, cette opération s’inscrit dans une vaste campagne d’assainissement urbain. « L’objectif est de rendre les marchés plus fonctionnels, d’améliorer la circulation et de préserver l’image de la capitale », précise-t-il, tout en annonçant la poursuite des actions similaires dans d’autres communes de Conakry.

Au terme de l’opération, le rond-point de Matoto offrait un visage inhabituel : des voies dégagées, moins de désordre, mais aussi des vendeuses contraintes de plier bagage, le regard tourné vers un avenir incertain. Un déguerpissement qui relance, une fois de plus, le débat sur l’épineuse question de l’organisation des marchés et de l’accompagnement social des petits commerçants
AAS




