Alors que la Guinée affiche son ambition de bâtir une élite fondée sur le mérite et l’excellence, une partie significative de la jeunesse continue d’être marginalisée : les lauréats issus de l’enseignement franco-arabe. Dans cette tribune, Ibrahime Mansaré, PhD, Secrétaire général du SNEFAG, interpelle l’État sur une injustice éducative silencieuse mais lourde de conséquences.

À l’attention du 𝐌𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞̀𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐄𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐏𝐫𝐞́-𝐔𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥’𝐀𝐥𝐩𝐡𝐚𝐛𝐞́𝐭𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 (𝐌𝐄𝐏𝐔-𝐀) 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐠𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞𝐧.

La refondation de l’État guinéen ne saurait être effective sans une 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐞́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐯𝐞.Or, un constat préoccupant s’impose : l’élite de demain semble aujourd’hui se construire selon des critères qui 𝐞𝐱𝐜𝐥𝐮𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞́𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐠𝐞 𝐛𝐫𝐢𝐥𝐥𝐚𝐧𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬𝐬𝐞, notamment les lauréats issus de 𝐥’𝐞𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜𝐨-𝐚𝐫𝐚𝐛𝐞.

Depuis la création du 𝐏𝐫𝐲𝐭𝐚𝐧𝐞́𝐞 𝐌𝐢𝐥𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞, et plus récemment de la 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮 𝐀𝐜𝐚𝐝𝐞𝐦𝐲, l’excellence est légitimement mise en avant. Toutefois, ces institutions d’élite demeurent, dans les faits, 𝐩𝐞𝐮 𝐚𝐜𝐜𝐞𝐬𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐦𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐞́𝐜𝐨𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜𝐨-𝐚𝐫𝐚𝐛𝐞𝐬, pourtant pleinement 𝐠𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞𝐧𝐬, 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐞́𝐭𝐞𝐧𝐭𝐬.

𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐫𝐢𝐭𝐞̀𝐫𝐞𝐬 𝐝’𝐚𝐜𝐜𝐞̀𝐬 𝐚̀ 𝐜𝐞𝐬 𝐚𝐜𝐚𝐝𝐞́𝐦𝐢𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭-𝐢𝐥𝐬 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐝𝐚𝐩𝐭𝐞́𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐢𝐧𝐭𝐞́𝐠𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐚𝐥𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐮 𝐟𝐫𝐚𝐧𝐜𝐨-𝐚𝐫𝐚𝐛𝐞 ?𝐂𝐞𝐬 𝐞́𝐥𝐞̀𝐯𝐞𝐬 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭-𝐢𝐥𝐬 𝐩𝐚𝐬, 𝐞𝐮𝐱 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢, 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐢𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐟𝐢𝐥𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐍𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 ?

Un lauréat reste un lauréat.

Qu’il ait composé en arabe ou en français, 𝐥𝐞 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐞, 𝐥’𝐢𝐧𝐭𝐞𝐥𝐥𝐢𝐠𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐝𝐞́𝐯𝐨𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 à la patrie sont identiques. Maintenir une hiérarchisation implicite des diplômes constitue une injustice qui fragilise le principe fondamental d’égalité des chances. Le sentiment d’exclusion, s’il perdure, devient une 𝐛𝐨𝐦𝐛𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞 à retardement. En marginalisant ces lauréats, l’État envoie un message dangereux : 𝐜𝐞𝐥𝐮𝐢 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐢𝐭𝐨𝐲𝐞𝐧𝐧𝐞𝐭𝐞́ 𝐚̀ 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐯𝐢𝐭𝐞𝐬𝐬𝐞𝐬.

Pourtant, l’enseignement franco-arabe représente plus de 𝟐𝟎 % 𝐝𝐮 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐞́𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐟 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥. Il est financé par les ressources de tous les contribuables guinéens. Les élèves issus de ce système, souvent bilingues, rigoureux et disciplinés, constituent 𝐮𝐧 𝐚𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐦𝐚𝐣𝐞𝐮𝐫 pour la Guinée, notamment dans des projets structurants comme 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮 ou dans des institutions d’excellence à vocation républicaine.

𝐏𝐫𝐨𝐩𝐨𝐬𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐫𝐫𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞́𝐪𝐮𝐢𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐫𝐞́𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜𝐚i𝐧e :

𝐈𝐧𝐭𝐞́𝐠𝐫a𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞́𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 : réserver un quota de 10 à 15 % des places au Prytanée Militaire et à la Simandou Academy aux meilleurs lauréats du franco-arabe.

𝐀𝐝𝐚𝐩𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐨𝐮𝐫𝐬 : mettre en place des épreuves adaptées permettant d’évaluer les compétences scientifiques et techniques sans barrière linguistique discriminatoire.

𝐇𝐚𝐫𝐦𝐨𝐧𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐛𝐨𝐮𝐫𝐬𝐞𝐬 : aligner les opportunités de bourses des lauréats franco-arabes sur celles de l’enseignement général (Europe, Amériques, Asie).

𝐕𝐚𝐥𝐨𝐫𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐛𝐢𝐥𝐢𝐧𝐠𝐮𝐢𝐬𝐦𝐞 : reconnaître le profil franco-arabe comme une filière d’excellence bilingue, stratégique pour la diplomatie et l’économie nationale.

« 𝐋𝐚 𝐑𝐞́𝐩u𝐛𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞. 𝐒𝐨𝐧 𝐞́𝐜𝐨𝐥e 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐥’𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢. 𝐈𝐥 𝐧’𝐲 𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐮𝐬-𝐥𝐚𝐮𝐫𝐞́𝐚𝐭s, 𝐢𝐥 𝐧’𝐲 𝐚 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐧𝐟𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐭𝐚𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞. »

𝐈𝐛𝐫𝐚𝐡𝐢𝐦𝐞 𝐌𝐀𝐍𝐒𝐀𝐑𝐄, 𝐏𝐡𝐃 Secrétaire Général 𝐒𝐲𝐧𝐝𝐢𝐜𝐚𝐭 𝐍𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐥’𝐄𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐅𝐫𝐚𝐧𝐜𝐨-𝐀𝐫𝐚𝐛𝐞 𝐝𝐞 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞 (𝐒𝐍𝐄𝐅𝐀𝐆)