Un rapport accablant fait état de répression systématique, d’exécutions extrajudiciaires et de fermeture de l’espace civique entre 2022 et 2025

 L’organisation de la société civile Tournons La Page (TLP) a rendu public  un rapport alarmant sur l’évolution des libertés publiques en Guinée. Intitulé « Chasse à l’Homme en Guinée : évolution des libertés publiques sous le CNRD », le document dresse un tableau sombre de la situation des droits humains durant la transition militaire dirigée par le Général Mamadi Doumbouya.

Couvrant la période 2022–2025, le rapport met en évidence une dégradation continue des droits fondamentaux, marquée par une répression accrue des voix dissidentes et une fermeture progressive de l’espace civique. Selon TLP, les autorités militaires ont multiplié les atteintes aux libertés publiques, ciblant particulièrement les acteurs de la société civile, les militants prodémocratie, les journalistes, les activistes et les opposants politiques.

Au moins 70 morts recensés en quatre ans

Fondé sur une documentation rigoureuse comprenant des témoignages anonymisés, des analyses de sources crédibles et une vérification croisée des informations, le rapport révèle qu’au moins 70 personnes ont été tuées par les forces de défense et de sécurité entre 2022 et 2025. Ces faits se seraient produits sous la responsabilité des autorités de la transition, sans qu’aucune enquête indépendante, transparente et crédible n’ait été ouverte, déplore l’organisation.

Tournons La Page affirme que le régime militaire est impliqué dans de multiples infractions pénales, notamment des arrestations et détentions arbitraires, des blessures graves lors d’opérations de maintien de l’ordre, des actes de torture et de traitements inhumains et dégradants, ainsi que des enlèvements, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires.

Des disparitions emblématiques et un exil forcé

Ce climat de répression généralisée aurait contraint de nombreux citoyens guinéens à l’exil, tandis que d’autres croupissent en prison ou restent portés disparus. Le rapport cite notamment le cas de Foniké Menguè (Oumar Sylla) et de Mamadou Billo Bah, membres de TLP, enlevés à leur domicile à Conakry le 9 juillet 2024 par des éléments des forces de défense et de sécurité.

Dans les situations les plus dramatiques, certaines victimes auraient été abattues froidement, dans des contextes touchant presque tous les secteurs d’activité, renforçant un sentiment de peur et d’insécurité au sein de la population.

Une justice instrumentalisée, selon TLP

Le rapport pointe également une instrumentalisation préoccupante de la justice à des fins politiques et personnelles. Loin de jouer son rôle de garant de l’État de droit, l’appareil judiciaire serait devenu, selon TLP, un outil de règlement de comptes, contribuant à l’enracinement de l’arbitraire et de l’impunité sur l’ensemble du territoire national.

Un appel au respect des engagements internationaux

À travers cette publication, Tournons La Page affirme vouloir informer l’opinion publique nationale et internationale sur la réalité documentée des violations des droits humains en Guinée, tout en rappelant l’importance du respect des libertés fondamentales, de l’État de droit et des engagements internationaux du pays.

L’organisation précise que cette démarche ne constitue pas une prise de position électorale et n’a pas pour objectif d’influencer un processus politique ou un choix de vote. Le rapport complet, accompagné d’un résumé exécutif et d’une note méthodologique, est disponible.

AAS